Stéphane Ravier : « Je n’ai pas d’autre ambition que celle d’être maire de Marseille »

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Dans son petit bureau de conseiller municipal qui donne sur le Vieux-Port, Stéphane Ravier jette fréquemment un œil vers un bâtiment, presque une obsession : l’hôtel de ville. Le sénateur et ex-maire des 13e et 14e arrondissements ne s’en cache plus : il veut devenir le prochain maire de Marseille. Pendant que la droite commence à s’écharper, qu’En marche peine à s’organiser et que la gauche voit ses pôles s’inverser, l’ancien employé d’Orange joue la carte du « vrai » Marseillais, fan de l’OM, de Pagnol et de sa ville. Capable de citer Coluche et d’arborer sur son bureau un buste de Napoléon. Sur le fond, le tropisme sécuritaire et anti-immigration reste le fonds de commerce du leader de l’extrême droite marseillaise. Un discours qu’il entend faire fructifier.

À deux ans déjà des municipales, vous êtes candidat. Est-ce tactique ?
Stéphane Ravier :
J’ai une volonté, une détermination et une passion. Et les jours passent si vite ! Je n’ai pas attendu la commission d’investiture de mon mouvement.

Est-ce une façon pour vous de préempter l’investiture FN ?
Stéphane Ravier :
Je ne me positionne pas par rapport à mes amis ni même à mes adversaires. Depuis 45 ans, j’habite, je vis, je milite, je suis élu dans cette ville et j’en suis fier. On a goûté à la réalité du pouvoir et on se dit qu’on peut largement faire mieux que l’équipe en place.

Devenir maire de Marseille, c’était un rêve de gamin ?
Stéphane Ravier :
Quand j’ai commencé à militer, c’était pour défendre mes convictions. Lorsque je suis devenu conseiller d’arrondissement en 1995, j’estimais que ce serait déjà un grand honneur d’être parmi les 101 heureux élus du conseil municipal. Alors quand, en plus, j’ai été désigné maire de secteur en 2014, ça a été le kif ! Plus encore que d’être élu sénateur…

Pourquoi rester au Sénat alors ?
Stéphane Ravier :
Parce que pour une fois, j’ai adhéré à la vision de Jean-Claude Gaudin qui estime que pour prétendre au fauteuil de maire, il faut une assise politique nationale.

Le sondage commandé par le microparti de Renaud Muselier vous crédite de seulement 17 %. Les électeurs du FN ont-ils fui ?
Stéphane Ravier :
Le client est roi ! Je note que 700 sondés, ça reste peu. La spécificité du vote par secteur n’est pas prise en compte. Et nous sommes à 24 mois du premier tour : il va s’en passer des choses ! Est-ce que Mélenchon sera candidat ? Castaner ? Quant au FN, il est en reconstruction. Une grande partie de notre électorat attend un nouveau souffle. J’ai moi-même subi cette déception post-présidentielle : aux législatives, 65 % des électeurs de la 3e circonscription ne se sont pas déplacés. Je crois que ce sont essentiellement ceux du FN.

Marine Le Pen n’est-elle pas responsable de cette déception ?
Stéphane Ravier :
Elle a quand même réalisé 10,6 millions de voix au second tour, ce qui est un record absolu ! Certes, nous aurions aimé plus, et elle a reconnu qu’elle a raté le débat entre les deux tours. Mais aujourd’hui, si les Français font l’effort de le revoir, ils y entendront ses avertissements sur la politique d’Emmanuel Macron.

Quels rapports entretenez-vous avec Jean-Marie Le Pen ?
Stéphane Ravier :
Plus aucun. Je crois qu’il est un peu fâché.

C’était pourtant votre mentor.
Stéphane Ravier :
Il le reste. Il ne faut pas faire table rase du passé. C’est lui qui m’a convaincu de défendre la France, un grand pays avec une belle histoire et des erreurs. Je ne renie rien : sans Jean-Marie Le Pen, le FN ne se serait pas enraciné dans la vie politique française. Il fallait une grosse paire de « c… », de courage et de conviction, pour faire face dans les années 70 à un PC extrêmement fort et un système verrouillé. Je l’ai suivi jusqu’au dernier moment, lorsqu’il nous a demandé de voter pour sa fille face à Bruno Gollnisch. Mais quand il s’est mis à jouer contre le FN, je ne pouvais plus le soutenir.

Comment et avec qui pouvez-vous espérer l’emporter dans une majorité de secteurs ?
Stéphane Ravier :
Nous avons une nouvelle génération dans les hémicycles de Marseille et de la Région. Pour les têtes de liste de secteur, on peut penser à Franck Allisio, Jean-François Luc, Éléonore Bez, Sophie Grech, un ancien comme Bernard Marandat ou encore Jeanne Marti, Sandrine D’Angio et Clémence Parodi.

Ferez-vous des compromis ?
Stéphane Ravier :
Renaud Muselier a dit qu’il ne voulait pas que Marseille tombe entre les mains des extrêmes, quitte à un rapprochement avec LREM. On sent encore le boutiquier avec ses accords entre états-majors et ses combines… Où sont les Marseillais là-dedans ? Je ne veux m’adresser qu’au peuple marseillais et aux bonnes volontés, du FN ou pas. Dans les 13e et 14e, nous avons oeuvré pour l’ensemble des arrondissements, pas seulement pour les noyaux villageois.

On vous accuse de toujours diriger en sous-main la mairie dirigée par votre nièce.
Stéphane Ravier :
Sandrine D’Angio assume pleinement sa charge. Évidemment, elle m’interroge lorsqu’elle a un doute, je garde une attention particulière pour les 13-14. Elle est ma nièce et je l’assume. C’est une bosseuse et je me félicite de ce choix.

Depuis 2014, une demi-douzaine d’élus de votre majorité, dont votre ex-première adjointe, Marie Mustacchia, ont démissionné. Qu’est-ce qui nous dit que si vous gagnez en 2020, vous ne vous retrouverez pas dans une situation identique ?
Stéphane Ravier :
Rien ! J’ai dû me manquer quelque part. Mais demandez aux 29 qui sont restés si je suis un dictateur ! Si je prends individuellement les renégats, j’ai la même explication : leur appétit électoral insatiable. Lorsque je rencontre le fils de Mme Mustacchia six mois avant la municipale, il me dit qu’il est bleu marine. C’est sa première campagne et il se retrouve troisième sur la liste. Il me présente ensuite sa mère qui travaille dans l’Éducation nationale. Que voulez-vous que je fasse ? Que je la soupçonne ? On m’aurait accusé d’être refermé sur moi-même, de ne vouloir que des militants de l’Algérie française… Elle est désignée première adjointe. Ces deux personnes ont ensuite été investies dans les deux meilleurs cantons de Marseille et n’ont pas été capables de gagner. Je ne pouvais pas faire mieux, sauf à leur accorder une place éligible pour les régionales. C’est là que c’est parti « en sucette ».

Donc cette dame que vous ne connaissiez pas six mois avant est devenue votre bras droit ?
Stéphane Ravier :
J’étais aussi dans la dynamique du mouvement qui veut qu’on envoie des signaux aux Marseillais avec des équipes renouvelées.

La plainte pour violences de votre ex-colistier, M. Catanéo, est-elle une épée de Damoclès ?
Stéphane Ravier : 
Quand la police me convoquera, je m’y rendrai avec plaisir et soulagement. Catanéo a préféré la voie médiatique. Cette mascarade n’a que trop duré.

Vous reconnaissez vous être aussi trompé avec lui ?
Stéphane Ravier :
Tout le monde se trompe. Même Gaudin avec Di Nocéra ou Boyer ! Mais c’est clair que cela m’a servi de leçon. J’ai un défaut : je fais confiance aux gens. En 2020, j’ai bon espoir d’avoir une liste renouvelée, avec des personnes qui veulent servir Marseille honnêtement. Et avec un programme marseillais, pas venu de Nanterre.

Ce serait nouveau ? Quelles seraient ces adaptations locales ?
Stéphane Ravier :
Sur l’immigration, malgré sa grande ouverture d’esprit, Marseille accueille tant qu’elle peut accueillir. Beaucoup de Marseillais issus de l’immigration se sont intégrés à la société française en se retroussant les manches et en bossant. Une grande partie de la nouvelle vague de migrants ne respecte pas Marseille, son identité provençale et française. Avec une référence, la Bonne mère.

Les questions de communautarisme semblent vous préoccuper plus que le chômage et la précarité.
Stéphane Ravier :
Non, c’est une préoccupation majeure que je n’aborde pas sous le même angle que Jean-Claude Gaudin qui nous fait croire qu’il a fait baisser le chômage. Il a trouvé une baguette magique pour transformer les chômeurs en pauvres. Plus de 20 % des habitants gagnent moins de 847€ par mois. Il faut créer les conditions de l’emploi.

laprovence.com

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