Les origines romanes de l’église fortifiée de Lerzy

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La fouille de l’église paroissiale Sainte-Benoîte de Lerzy (Aisne) a révélé les fondations d’une église primitive ainsi que des sépultures.

Endommagée par un incendie accidentel survenu en 2014, l’église paroissiale Sainte-Benoîte de Lerzy (Aisne) est en restauration depuis 2016. La pose d’un système de chauffage par le sol étant envisagé, la Drac Hauts-de-France a demandé qu’une surveillance archéologique des travaux de terrassement soit réalisée. L’intervention des archéologues de l’Inrap en janvier 2018 a révélé les fondations d’une église primitive ainsi que des sépultures situées dans le chœur.

Une église fortifiée de Thiérache

L’église de Lerzy est l’une des nombreuses églises fortifiées de Thiérache. Cette région du nord du département de l’Aisne, zone de frontière a connu des conflits récurrents, de la fin du Moyen Âge jusqu’au traité des Pyrénées de 1659. Face à l’insécurité permanente engendrée par les exactions des bandes de mercenaires, les habitants ont réagi en fortifiant l’église paroissiale, principal édifice alors construit en dur dans les villages. À Lerzy, la fortification est matérialisée par un puissant donjon quadrangulaire en façade, encadré de deux tourelles en briques. Il a été très probablement construit au début du XVIIe siècle, si on en croit la date de 1632 gravée sur son porche. Caractéristique des églises fortifiées, il est inscrit au titre des Monuments historiques depuis 1928. La nef et le chœur ont été quant à eux profondément remaniés aux XVIIIe et XIXe siècles, ecrit Inrap.fr.

Les traces de l’église romane d’origine

La fouille archéologique a mis en évidence l’état primitif de l’édifice, avant sa fortification. En façade, le style roman (XIe–XIIe siècles) du portail d’entrée, surmonté d’une baie en plein cintre rehaussée d’un arc en pierre taillée en pointe de diamants, laisse d’ailleurs présager un état antérieur à l’édifice actuel. À l’intérieur de l’édifice, les fondations de l’église primitive ont été mises au jour de même que des lambeaux de pavements en briques. Deux piliers massifs situés entre la nef et le chœur constituent l’élément le plus remarquable, indices de l’existence passée d’un arc triomphal entre ces deux parties du bâtiment. Entre la nef et les bas-côtés, des fondations de section quadrangulaire permettent de restituer le plan de l’église romane avec ses piliers carrés.

Les sépultures

Dans une petite partie du chœur de l’église ont été fouillées six fosses sépulcrales. Celles-ci contenaient 9 individus : 5 défunts retrouvés en position dite primaire n’ont subi aucun déplacement, tandis que 4 individus ont connu des manipulations suite à leur première inhumation (sépultures dites « en position secondaire »). Les estimations des âges au décès et les identifications sexuelles soulignent que cet espace consacré était ouvert à une population civile, six adultes des deux sexes, un immature biologique (12 ans +/- 30 mois) et deux enfants de moins de deux ans. La position des ossements lors de la fouille indique qu’avant leur mise en terre, les défunts étaient habillés et/ou enveloppés dans des linceuls. Les corps ont ensuite été placés dans des cercueils ou des coffrages, eux-mêmes déposés dans des fosses de formes ovale ou quadrangulaire, aux angles arrondis. Ces fosses ont enfin été comblées par les sédiments du creusement. Plusieurs d’entre elles ont perturbé des sépultures creusées antérieurement, sans qu’aucun soin particulier n’ait été apporté aux restes des défunts bouleversés. Cependant, à l’exception de quelques pièces pour l’individu n°5, aucune réduction n’a été décelée. Ces gestes indiquent à la fois une absence de signalétique des tombes précédentes et une densité importante des ensevelissements.

Les états sanitaires et les pathologies révèlent que ces individus ont eu accès à des soins complexes, notamment pour le défunt n°6 qui a subi une amputation chirurgicale du pied droit. La bonne préservation des matières organiques a permis la découverte d’un postiche pour l’individu n° 5 et de textile pour l’individu n° 2.

Hors les clous de cercueils, les épingles de linceul et les matériaux organiques préservés, aucun mobilier funéraire n’accompagne les défunts. Des prélèvements osseux réalisés sur trois individus ont été envoyés pour des datations absolues.

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