Notre-Dame-des-Landes : la volonté de dialogue de l’Etat mise à mal

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Près de 2 500 gendarmes ont été mobilisés pour le lancement, hier, de l’évacuation de la Zad de la petite commune de Loire-Atlantique. Environ 250 occupants espèrent un soutien du mouvement d’opposition à l’aéroport, Republicain Lorrain.

L’opération est lancée. Le face-à-face entre forces de l’ordre et occupants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) a débuté dans la nuit de dimanche à lundi. Grenades lacrymogènes et assourdissantes, quatre véhicules blindés, 2 500 gendarmes mobiles avec casques, bouclier et masque à gaz, d’un côté. Cailloux, cocktails Molotov, épaves de voiture en travers de la route, barricades enflammées, une centaine de zadistes, tout de noir vêtus, capuches sur la tête, masque de ski sur les yeux et foulard sur la bouche, de l’autre. Les heurts font rage.

Et difficile de prévoir combien de temps durera cet affrontement. Personne ne se risque à un pronostic. La préfète de Loire-Atlantique, Nicole Klein, qui supervise les opérations évoque plusieurs jours et la gendarmerie le sait : « il faudra maintenir une présence forte pour continuer les expulsions ».

Des expulsions ciblées, selon Nicole Klein qui établissait un bilan à la mi-journée hier. Selon un décompte confirmé par le ministère de l’Intérieur, 13 squats ont été démantelés et dix personnes ont été expulsées. « Elles se sont vues proposer un relogement mais ont toutes refusé ». Et la préfète d’ajouter que l’objectif était de démanteler une « quarantaine de squats » sur une petite centaine.

Des squats ciblés

Or, c’est justement la sélection des squats en question qui pourrait déterminer de la mobilisation des prochains jours. Celle des 200 à 300 occupants zadistes, prônant des modes de vie collectifs alternatifs, est totale et ils ont répété à l’envi leur détermination à rester sur place. Celle des agriculteurs, des habitants, des élus, et plus généralement des opposants au projet d’aéroport qui avaient formé un mouvement très hétéroclite, dépendra sans doute des « cibles » d’évacuation définies par les pouvoirs publics. Les événements d’hier l’ont montré.

Ces derniers jours des différences de position étaient apparues au sein du mouvement. Des élus et des agriculteurs se désolidarisaient des zadistes qui se refusaient toujours à toute déclaration individuelle de projet agricole. Certains affirmaient même qu’ils n’iraient pas défendre les habitations zadistes près de la route des chicanes, érigée en symbole par le gouvernement comme un « retour à l’État de droit ».
Pas de nom de code

Pourtant, l’évacuation, hier, des installations du lieu-dit des « 100 noms » semblait resserrer les liens. « Expulsion incompréhensible de cette ferme. Ses habitants portaient pourtant un vrai projet agricole qui tenait la route. L’État ne respectant pas sa propre parole, nous appelons tous ceux qui le peuvent à venir demain à Notre-Dame-des-Landes », a lancé, hier après-midi, l’Acipa, association historique de la lutte contre l’aéroport. Un jardin vivrier et une bergerie de 80 moutons avaient vu le jour sur ce site. Environ huit personnes vivaient sur place. « Le projet agricole n’est pas complètement évident. Mais c’est surtout la proximité de la route qui justifie de démantèlement », a expliqué la préfète de Loire-Atlantique.

En fin de journée, les pouvoirs publics semblaient plutôt satisfaits de cette première journée d’évacuation. La première de cette ampleur depuis l’automne 2012. Cette dernière, baptisée « opération César », avait viré au fiasco malgré la mobilisation d’un millier de gendarmes et policiers. « On ne refera pas César, ça c’est sûr », avait assuré il y a quelques jours Nicole Klein. D’ailleurs, cette nouvelle opération n’a pas de nom de code.

L’affrontement entre zadistes et gendarmerie s’est hier prolongé sur les réseaux sociaux. De nombreux utilisateurs de Twitter ont montré leur soutien aux occupants du site de Notre-Dame-des-Landes via les hashtags #ZADResist et #JeSoutiensLaZad.

Les zadistes ont transmis des messages de mobilisation sur les réseaux sociaux, appelant à venir défendre leurs terrains face aux gendarmes. Par des vidéos en direct et des photos, ils ont fait part de l’évolution de la situation sur place dès le début de l’intervention de la gendarmerie, peu après trois heures du matin.

Mais les opposants à la ZAD ont également commenté les événements. La vidéo d’un zadiste qui prend feu en lançant un cocktail Molotov a été visionnée plus de 50 000 fois sur Twitter et la blessure légère d’un gendarme à l’œil a suscité des réactions de responsables politiques de droite (Eric Ciotti, Valérie Boyer) et de gauche, lui souhaitant un prompt rétablissement.
Les gendarmes bloquent les journalistes

En face, les forces de l’ordre ont empêché dès l’aube les journalistes d’accéder à la zone

Un « espace presse » a été mis à disposition par la préfecture à Nantes, à 30 kilomètres de la ZAD, mais de nombreux journalistes ont tenté de se rendre à pied dans la forêt de Notre-Dame-des-Landes. Le ministère de l’Intérieur parle de mesures « évidentes de sécurité » et, grande première, a mis à disposition de la presse des images tournées par la gendarmerie sur place.

Les zadistes ont appelé dès dimanche à la mobilisation devant les préfectures et mairies de près de 80 villes en France. À Nantes, une manifestation d’opposition à l’évacuation des zadistes de Notre-Dame-des-Landes s’est tenue hier soir rassemblant près d’un millier de personnes. Un cortège placé sous haute surveillance policière. Même situation à Rennes, où 250 CRS étaient en place depuis vendredi, pour encadrer les 300 personnes venues manifester.

D’autres rassemblements ont eu lieu à Paris, Bordeaux, Lyon, Lille, Toulouse et d’autres villes. Dans l’Aveyron, une trentaine de manifestants ont bloqué le viaduc de Millau. Le collectif a distribué des tracts aux automobilistes tout en opérant des barrages filtrants dans les deux sens de la route. La gendarmerie a dû intervenir pour évacuer les opposants.

À Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence), où l’actuel délégué général de la République en marche Christophe Castaner a longtemps été maire, cinquante personnes ont manifesté devant la mairie et ont même occupé la salle du conseil en soutien aux zadistes.
3 h, routes fermées

Les gendarmes mobiles bloquent les accès à la Zad de Notre-Dame-des-Landes. Quelque 2 500 militaires ont été mobilisés.
6 h, objectif la route des chicanes

Début de l’évacuation proprement dite au niveau de la route des chicanes, la RD281, symbole d’un « retour à l’État de droit » selon le gouvernement. De nouvelles barricades avaient été installées ces derniers jours à l’approche connue de l’intervention des forces de l’ordre.
6 h 30, Affrontements

Des affrontements éclatent entre zadistes et gendarmes mobiles. Des tracteurs barrent la route, ainsi que des pneus en feu, des épaves de voiture, des meules de foin et des poteaux électriques. Les gendarmes répondent à des jets de projectiles et de cocktails Molotov par des tirs de grenades lacrymogènes et de grenades assourdissantes.
10 h, premières destructions

Les engins de chantier des pouvoirs publics sont sur place et procèdent à la démolition des premières installations zadistes. Le mirador et un chapiteau sont mis à terre.
11 h 30, premières expulsions

C’est au tour du site des « 100 noms » d’être détruit après que les résidents ont été expulsés. Les gendarmes ont dû déloger plusieurs dizaines de zadistes venus s’opposer pacifiquement à la destruction du lieu.
16 h 30, l’heure du bilan

Bilan du ministère de l’Intérieur qui estime que 13 squats ont été « traités » et dix personnes expulsées. Sept individus ont été interpellés, dont l’une pour jet de projectile. Les six autres ont été interpellés dans une voiture, en possession d’armes et de stupéfiants. Un gendarme a été légèrement blessé à un œil par un projectile. Lors d’une conférence de presse, les zadistes ont dénombré six blessés parmi eux. Les gendarmes assuraient qu’il n’y avait « pas de blessés dans les rangs des manifestants ».
18 h

Fin des expulsions, mais les affrontements reprennent avec force entre zadistes et gendarmes.
Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, sur Europe 1 :

« Si les gens quittent leur domicile, ils sont libres d’aller ailleurs et de vaquer à leurs occupations. Nous discutons depuis des mois avec celles et ceux qui veulent construire un projet. »
Bruno Retailleau, ancien président Républicains de la région Pays de Loire, sur Twitter :

« Soutien total aux forces de l’ordre qui interviennent à Notre-Dame-des-Landes. L’État de droit doit y être définitivement restauré ! »
Eric Coquerel, député La France insoumise :

« Le gouvernement est irresponsable. […] Quelle était l’urgence ? Le projet est abandonné. Sur place, il y a des gens qui ont des projets de vie. […] On avait des mois pour discuter tranquillement, regarder les projets à soutenir. »
Sébastien Chenu, porte-parole du Front national :

« Le pays est truffé de ZAD. […] Ce sont des zones défendues par des voyous qui contestent l’autorité républicaine et qui mettent l’État en échec. »

François de Rugy (LREM), président de l’Assemblée nationale :

« L’opération menée est ciblée et ne concerne que des occupants qui refusent le retour à la sérénité sur la zone. Elle comporte évidemment des risques pour les forces de l’ordre parfois soumises à des violences inacceptables. »

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