Scandale Selmayr : un nouveau putsch européen

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Le 1er février 2018, Jean-Claude Juncker se félicitait de l’introduction d’un Code d’éthique pour prévenir la prédation des intérêts privés au sein des institutions européennes. Un code restrictif qu’il n’a visiblement pas décidé de s’appliquer à lui-même étant donné, qu’un mois plus tard, il parachute en toute illégalité son bras droit, l’Allemand Martin Selmayr au plus haut poste des instances européennes.

Le 21 février 2018, le collège des 28 commissaires se réunissait. A l’ordre du jour : le poste vacant de Secrétaire Général adjoint de la Commission Européenne. Seulement deux candidats prétendent officiellement à ce poste. Le premier est l’ancien chef de cabinet de Juncker, Martin Selmayr. La seconde est restée anonyme, mais plusieurs sources pointent vers l’actuelle cheffe adjointe de cabinet de Juncker, l’espagnole Clara Martinez Alberola. Autrement dit, une deuxième candidature bidon pour permettre à Selmayr d’être élu « dans les règles ». Quelques minutes après le début de la réunion, Martin Selmayr est donc nommé à l’unanimité Secrétaire Général Adjoint. Dont acte.

Mais 5 minutes plus tard, le président de l’exécutif annonce, à la surprise générale, la démission du Secrétaire Général actuel, Alexander Italianer. En conséquence, il propose de nommer à sa place le Secrétaire Général adjoint nouvellement élu. Aucune procédure respectée, aucun autre candidat, aucun débat… En exactement 9 minutes, Martin Selmayr est donc placé à l’un des postes les plus stratégiques des institutions européennes, ecrit Lafranceinsoumise.fr.

Cette nomination a été vivement critiquée par les élus de tout bord du Parlement Européen. Ils ont posé pas moins de 130 questions à la Commission sur les conditions de cette nomination et sur le respect des règles d’éligibilité. Bien qu’affirmant le respect des procédures, la Commission note que Juncker et Selmayr connaissaient depuis 2015 le projet de départ de l’ancien Secrétaire Général, Italianer. Ils auraient depuis œuvré pour offrir une promotion à l’ancienne Secrétaire Générale Adjointe afin qu’elle libère le poste. En bref, une affaire bien ficelée.

Finalement, pour couper court à la polémique autour cette nomination, Jean-Claude Juncker (membre du Parti Populaire Européen) menace les dirigeants de ce même Parti de démissionner, si Martin Selmayr est renvoyé. Une démission que ne peuvent se permettre les membres du PPE. Ils ont ainsi validé le « putsch allemand ». Désormais, 3 des 4 instances européennes sont gouvernées par des représentants allemands.

Quelles conséquences ?

Cette nomination détruit toute la crédibilité de l’Union européenne, en même temps qu’elle souligne l’absence cruelle de démocratie et de transparence au sein d’instances où prévalent les intérêts privés – et les rémunérations à 17.000€ mensuels pour Selmayr ! Mais en outre, elle marque un nouveau tournant libéral en l’Europe.

En tant que Secrétaire Général de la Commission Européenne, Martin Selmayr aura la liberté de placer à tous les postes clefs d’une instance de 33 000 fonctionnaires des personnes partageant les idées du PPE : une Europe des riches, de la dérégulation des marché, du dumping social etc. De plus, les textes législatifs émanant de l’instance seront profondément ancrés dans ce courant libéral. Concrètement, la nomination de Selmayr est l’assurance de 50 autres années de politiques libérales au sein de la Commission.

A l’approche des élections européennes, certains grands principes doivent être réaffirmés avec force : les hauts fonctionnaires ne doivent plus être gouvernés par des intérêts privés, ni par l’appât du gain. Pour cela, il est nécessaire d’instaurer des procédures efficaces et transparentes, qui rendent une place aux peuples européens et à l’intérêt général !

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