Réforme SNCF : l’ex-cheminot et ministre PCF Jean-Claude Gayssot demande « une pause » au gouvernement

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L’ex-cheminot et ministre communiste des Transports Jean-Claude Gayssot, qui avait ouvert à la concurrence le fret en 2001, s’oppose aujourd’hui à la réforme de la SNCF.

Communiste et ancien cheminot, c’est lorsqu’il était chargé de ce dossier, dans le gouvernement de Lionel Jospin qu’a été décidée l’ouverture à la concurrence internationale du réseau transeuropéen de fret. Ce n’est pas la moindre des contradictions de Jean-Claude Gayssot, qui était ministre de l’Equipement, des Transports et du Logement quand le Conseil et le Parlement européens ont adopté les trois directives du « premier paquet ferroviaire », le 26 février 2001. Fonction « épuisante, passionnante et décapante », décrit-il, où il resté quatre ans, onze mois et deux jours, un record de longévité à ce poste sous la Ve République.

Communiste mais pragmatique, Gayssot avait donc accompagné l’ouverture du fret à la concurrence. Malgré de vives critiques dans son propre camp. « Je me suis battu pour que ce premier ‘paquet ferroviaire’ ne remette en cause ni le statut des cheminots ni celui de la SNCF », se défend l’ancien cheminot, fils d’ouvrier agricole. L’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire pour les voyageurs, il s’y est, en revanche, opposé dès le départ. Tout comme à l’actuelle réforme du rail, qu’il qualifie d' »ultralibérale » : « L’avenir passe-t-il par la concurrence sur les lignes rentables ou par une démarche conservant l’idée de péréquation et de service public sur tout le territoire? »

L’ex-ministre des Transports, Jean-Claude Gayssot (PCF), est contre la réforme « ultralibérale » du gouvernement. (Sipa)

Embauché à la SNCF en 1962, « en bas de l’échelle, comme ouvrier », aux ateliers de Béziers, Gayssot devient trois ans plus tard électricien à Saint-Flour (Cantal), sur la ligne Paris-Clermont-Ferrand-Béziers. « Depuis ce temps-là, on se bat pour que cette ligne ne soit pas fermée », souligne l’ancien chouchou de Georges Marchais, depuis son vaste bureau près du port de Sète (Hérault), qu’il préside depuis 2017. L’avenir des « petites lignes » l’inquiète. « Si on laisse faire, les gares vont devenir des Abribus ou des parkings pour le covoiturage », martèle-t-il avec sa faconde. Puis, l’œil pétillant : « La France a un avantage exceptionnel avec toutes ses gares et ses dizaines de milliers de kilomètres de lignes. Nous avons un réseau ferré que n’ont pas les autres pays. »

A 73 ans, Gayssot fait figure de sage. Mais l’ancien député PCF n’a pas perdu son mordant. « Cette ­réforme est une véritable provocation à l’égard des premiers concernés, les cheminots », critique-t-il, en bras de chemise. Il déplore la méthode de l’exécutif : « Essayer dès le départ de jouer le pourrissement de la grève et la division des syndicats, ce n’est pas une bonne méthode. » C’est que l’ex-responsable CGT a de la bouteille. « Des conflits, j’en ai eu », souligne-t-il, l’œil espiègle. Aiguilleurs du ciel, pilotes, cheminots, routiers, convoyeurs de fonds, marins… le ministre de la « gauche plurielle » entre 1997 et 2002 s’était habillé en pompier sur tous les incendies.

Sa méthode? « Discussion, négociation et recherche du compromis pour que personne ne ressorte humilié. » Aujourd’hui, Gayssot plaide le dialogue pour sortir du conflit à la SNCF. « Faisons une pause et que le gouvernement engage une discussion sur chacun des points », exhorte-t-il. En 1968, déjà, le jeune Gayssot négociait avec la direction de la SNCF l’échelonnement de la retenue de salaire des grévistes, « sur six mois et un an »…

Lejdd.fr

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