Midterms : ce qu’il faut retenir des résultats aux Etats-Unis

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Malgré un vote populaire nettement en faveur des démocrates, les élections de mi-mandat n’ont pas été un camouflet pour le président de Donald Trump : les républicains perdent leur majorité à la Chambre des représentants mais la renforcent au Sénat. Des résultats qui vont compliquer la fin de la présidence du dirigeant américain, sans pour autant lui donner un coup d’arrêt.

Il n’y aura donc pas eu de « vague » bleue, celle des démocrates, du moins dans la composition des deux chambres du Congrès américain. Les « midterms », les élections de mi-mandat de la présidence de Donald Trump, ont livré leur verdict, dans la nuit de mardi à mercredi : le dirigeant et son camp perdent le contrôle de la Chambre des représentants, qui était intégralement renouvelée. Mais le Sénat, lui, reste « rouge » et cela suffit pour que le résident de la Maison-Blanche y voit un « énorme succès », comme il l’a tweeté au cours de la soirée.

Si ces midterms vont compliquer la fin de la présidence de Donald Trump, celui-ci garde donc quelques sources de satisfaction. Voici le compte-rendu de cette échéance électorale.

La Chambre des représentants bascule en faveur des démocrates
Les résultats ne sont pas encore intégralement connus, mais cela ne fait plus de doute : le 3 janvier prochain au moment de son installation, la Chambre des représentants sera de nouveau contrôlée par les démocrates, huit ans après la bascule de la chambre basse du Congrès en faveur des républicains, lors du premier mandat de Barack Obama. Sur les 435 sièges qui étaient remis en jeu, le parti démocrate en a gagné pour l’heure 207 et les républicains, 189, mais le premier en a déjà récupéré 24. Il pourrait au final en avoir entre 225 et 232, selon des projections qui restent à confirmer. Ce n’est donc pas un tsunami bleu mais c’est déjà assez pour dépasser la moitié des mandats en jeu (218).

Actuellement, les républicains avaient 236 sièges et les démocrates, 193. Les six sièges restants étaient des sièges vacants.

La chef des démocrates à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui avait déjà présidé cette chambre entre 2007 et 2011, a réagi à ce résultat en se félicitant de la « restauration des pouvoirs et contre6pouvoirs constitutionnels ». « Un Congrès démocrate va oeuvrer à des solutions qui nous rassemblent, car nous en avons tous assez des divisions », a déclaré celle qui pourrait retrouver cette fonction de « speaker » de la Chambre des représentants, malgré une opposition interne.

Nancy Pelosi, chef des démocrates à la Chambre, pourrait retrouver son siège de « speaker ».
Nancy Pelosi, chef des démocrates à la Chambre, pourrait retrouver son siège de « speaker ».

(Reuters)
Le Sénat reste en revanche républicain
Le 116e Congrès sera donc divisé, puisque le Sénat reste de son côté républicain. Donald Trump y disposait d’une très courte majorité, de 51 sièges sur 100 (47 pour les démocrates mais qui pouvaient compter sur deux indépendants). A cette heure, les 51 sont déjà dans l’escarcelle républicaine alors même que toutes les élections sénatoriales n’ont pas encore rendu leur verdict. Le camp présidentiel va même pouvoir renforcer son contrôle puisqu’il prendrait trois à quatre sièges aux démocrates, crédités pour l’heure de 43 sièges.

Il faut dire qu’il aurait fallu un exploit démocrate pour faire basculer la chambre haute du Congrès. Sur les 100 sièges du Sénat, 35 étaient renouvelés ce mardi, dont 24 qui étaient aux mains de démocrates contre seulement 9 pour les républicains.

Voici les sièges qui ont basculé ou sont sur le point de le faire :

Dans l’Indiana, même sort pour le démocrate Joe Donnelly, défait assez nettement par le républicain Mile Braun.
Dans le Dakota du Nord, terre conservatrice comme l’Indiana, le républicain Kevin Cramer renverse Kirsten Gillibrand.
En Floride, le sortant démocrate Bill Nelson serait en passe de perdre contre le républicain Rick Scott, même si l’écart reste faible entre les deux concurrents, de moins de 60.000 voix (50,3% contre 49,7%).
Dans le Missouri, c’est la démocrate Claire Mc Caskill qui serait battue par Josh Hawley.
L’un des grands espoirs des démocrates, Beto O’Rourke, n’a pour sa part pas réussi à faire tomber l’ultra-conservateur Ted Cruz dans le Texas. Cet ex-rocker punk perdrait face au concurrent de Donald Trump lors des primaires de républicains de 2016 pour moins de 250.000 voix, selon des résultats encore provisoires (51% contre 48,2%).

Au Texas, le conservateur républicain Ted Cruz résiste à la sensation démocrate Beto O’Rourke
Au Texas, le conservateur républicain Ted Cruz résiste à la sensation démocrate Beto O’Rourke

(Reuters)
A noter qu’au sein de cette majorité républicaine, l’ex-candidat à la présidentielle américaine de 2012 Mitt Romney a été élu sénateur de l’Utah. Ce conservateur modéré se montre très critique à l’égard de Donald Trump et pourrait à ce titre prendre la relève de John McCain, le candidat à la Maison-Blanche de 2008 décédé en août dernier, comme « opposant de l’intérieur ».

L’ex-rival démocrate de Hillary Clinton aux primaires de 2016, Bernie Sanders, a quant à lui été réélu sans surprise sénateur du Vermont. Cette figure de la gauche américaine siège aujourd’hui comme indépendant. En Virginie, l’ancien colistier d’Hillary Clinton à la présidentielle, Tim Kaine, a également été réélu sans suspense.

Et pourtant, les démocrates ont remporté le vote populaire
Là encore, il faut encore attendre des résultats consolidés. Mais si l’on prend les estimations du New York Times, les démocrates ont remporté assez nettement le vote populaire, de 7,1 points de plus que les républicains. Cette différence est similaire à celle qu’avait les républicains en 2010 (7,2 points), lors des midterms du premier mandat de Barack Obama. En 2008 en revanche, les démocrates l’avaient emporté de 10,6 points. Il y a donc bien eu en quelque sorte une « vague » démocrate, même si elle ne se retrouve dans les résultats des deux chambres.

(Reuters)
Ces élections ont donné lieu à de nombreuses premières :

Ilhan Omar et Rashida Tlaib, respectivement du Minnesota et du Michigan, sont devenues les deux premières femmes de confession musulmane élues à la Chambre des représentants.
Les démocrates du Kansas et du Nouveau-Mexique, Sharice Davids et Deb Haaland, sont devenues les premières femmes amérindiennes à siéger au Congrès.
Grande première aussi dans le Colorado où le démocrate Jared Polis est devenu le premier gouverneur ouvertement gay d’un Etat américain.
A Boston, Ayanna Pressley, élue démocrate de 44 ans, va être la première femme noire à représenter le Massachusetts au Congrès, dans une circonscription considérée comme parmi les plus à gauche des Etats-Unis. Mais ce succès était attendu, puisqu’elle n’avait aucun adversaire face à elle…
A New York, Alexandria Ocasio-Cortez va de son côté devenir à 29 ans la plus jeune membre du Congrès. Figure de l’aile gauche – elle se revendique socialiste – et soutien de Bernie Sanders en 2016, cette Hispanique a été élue à la Chambre des représentants.
Le démocrate Andrew Gillum ne sera pas gouverneur de Floride.
Le démocrate Andrew Gillum ne sera pas gouverneur de Floride.

(Reuters)
En revanche, deux étoiles démocrates ont échoué :

Pour le poste de gouverneur en Floride, Andrew Gillum, premier candidat noir à cette fonction, n’a pas réussi a se défaire de son concurrent pro-Trump, Ron DeSantis, malgré son avance dans les derniers sondages. Il s’agit d’un résultat très important dans la perspective de 2020 puisque la Floride est un Etat clé lors des présidentielles et que certains observateurs voyaient déjà en Gillum un espoir pour le camp démocrate.
En Géorgie, Stacey Abrams, première femme noire candidate à ce poste dans toute l’histoire des Etats-Unis, a connu le même sort. La démocrate s’incline face au républicain Brian Kemp dans cet Etat du sud encore profondément marqué par la ségrégation raciale.

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