Nicolas Hulot revient… et prend le risque d’être inaudible face aux gilets jaunes

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Nicolas Hulot va prendre la parole pour la première fois depuis son départ du gouvernement, en participant jeudi à L’Emission politique sur France 2. En pleine contestation des « gilets jaunes », en colère contre la hausse des taxes sur les carburants que l’écologiste défendait.

C’était il y a près de trois mois : Nicolas Hulot annonçait avec fracas son départ du gouvernement. En direct à la radio, le ministre de la Transition écologique et solidaire confiait ne plus pouvoir « s’accommoder des petits pas alors que la situation universelle, au moment où la planète devient une étuve », méritait à ses yeux que la société « se retrouve sur l’essentiel », à savoir la cause climatique. Trois mois plus tard, le contexte social est au contraire devenu bouillant et sans doute très loin de ce qu’imaginait l’écologiste.

Les « gilets jaunes » protestent contre la baisse de leur pouvoir d’achat et la hausse des taxes sur les carburants décidée par le gouvernement… et Hulot lui-même. Et c’est entre deux week-end de mobilisation que l’intéressé s’apprête à faire son retour médiatique.

Il reste populaire, le mouvement des « gilets jaunes » aussi

Jeudi soir en prime time sur France 2, l’ex-ministre d’Emmanuel Macron est l’invité principal de L’Emission politique. Il s’agira notamment, selon un proche, d’un « moment d’explication et de mobilisation sur le climat ». Mais la colère des automobilistes devrait forcément s’imposer dans les discussions. Et l’émission pourrait être l’occasion de confronter ce qui semble être une contradiction de l’opinion : Nicolas Hulot est la personnalité politique préférée des Français (68% d’avis favorables ce mois-ci dans l’Ifop-Match) et ceux-ci soutiennent en grande majorité la mobilisation des gilets jaunes (entre 69% et 74% en fonction des sondages). D’autant que, dans une autre enquête dimanche pour le JDD, ils sont 62% à juger que leur pouvoir d’achat devrait être prioritaire, quitte à aller moins vite sur la transition énergétique.

Au sein de la majorité, certains s’agaçaient ce mois-ci du silence de l’ancien ministre dans de telles circonstances. Interrogé mercredi sur France Inter, son successeur François de Rugy a dit ne pas « douter » que Nicolas Hulot assumera jeudi son bilan… et notamment cette hausse de la fiscalité sur les carburants qui avait « été annoncée aux Français, cartes sur table ». Une semaine plus tôt sur RTL, le Premier ministre Edouard Philippe ne disait pas autre chose… A bon entendeur, donc.

Plus de dix ans que Hulot défendait la « taxe carbone »

La « taxe carbone », qui se matérialise aujourd’hui principalement à travers la TICPE (celle-là même qui est répercutée directement sur les prix des carburants), est l’un des combats majeurs de Nicolas Hulot. Cette mesure figurait déjà dans « son pacte écologique » que l’ancien animateur de TF1 soumettait à tous les candidats à la présidentielle de 2007. Appelée « contribution climat-énergie » lors du quinquennat Sarkozy, elle fut abandonnée. Puis relancée en 2014 sous Hollande dans sa forme actuelle, c’est-à-dire avec une « composante carbone » dont la part au sein de la TICPE augmente progressivement chaque année : de 7 euros la tonne de Co2 en 2014, elle est passée à 30,5 euros en 2017 sous Ségolène Royal, qui affichait comme ambition dans sa loi de 2015 d’atteindre les 100 euros en 2030.

En succédant à Ségolène Royal au ministère de la Transition écologique, Nicolas Hulot a voulu poursuivre cette trajectoire, en relevant même davantage la trajectoire, avec l’objectif d’atteindre 55 euros par tonne dès 2019 puis 86,2 euros en 2022. Il est aussi allé plus loin sur le gazole : dès juin 2017 sur BFMTV, il promettait que « la fiscalité sur le diesel à la pompe sera la même [que celle sur l’essence] dans un horizon assez proche ». Autrement dit : si ces deux carburants vont augmenter ces prochaines années, l’un le fera bien plus rapidement pour s’aligner sur l’autre. De 53,07 centimes le litre de gazole en 2017, la TICPE doit donc atteindre progressivement 78,23 euros en 2022.

Son « plan climat » était censé annuler l’impact pour les plus modestes

Ce sont ces augmentations qui, ajoutées à la hausse des cours du fioul, ont provoqué cet automne l’exaspération d’une partie des Français. Mais Nicolas Hulot a toujours contesté faire de « l’écologie punitive ». Car outre la hausse de la fiscalité, l’ancien ministre promouvait parallèlement un « plan climat », regroupant plusieurs mesures d’accompagnement à destination notamment des ménages les plus modestes afin qu’ils ne supportent pas le coût de la transition écologique.

Parmi ces mesures figuraient la prime à la conversion et le chèque énergie, qui viennent d’être élargies par le gouvernement après le début du mouvement des « gilets jaunes ». « Cela permet de trouver un point d’équilibre et d’avoir ce ‘paquet de solidarité climatique’ pour éviter de pénaliser ceux que le système a mis dans une impasse depuis quelques décennies », assurait-il alors en septembre 2017 dans Libération. C’est d’ailleurs comme cela qu’il justifiait d’avoir ajouter le champ « solidaire » au nom de son ministère.

C’est donc cet aspect que Nicolas Hulot devrait rappeler jeudi sur France 2. Reste à savoir sous quelle forme : celle de la concession, pour ne pas avoir « accompagné » davantage de Français? Le regret d’avoir pu manquer de pédagogie, comme ont déjà pu le laisser entendre quelques voix de la majorité? Ou restera-t-il au contraire sur le registre de la gravité en alertant d’abord sur l’urgence climatique? Lorsqu’il défendait au Parlement sa loi sur les hydrocarbures, l’an dernier, l’écologiste avait déjà dû faire face aux attaques de l’opposition, qui l’accusait de vouloir, en augmentant le diesel, « pénaliser toujours les mêmes, les Français qui travaillent ». Hulot avait assumé : « On attend malheureusement toujours d’en arriver presque à une impasse pour commencer à réagir. »

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