Gilets jaunes : revenir à l’état d’urgence? Les ministres Castaner et Belloubet se contredisent

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Après les violences de samedi lors de la mobilisation de Gilets jaunes à Paris, plusieurs syndicats de police réclament le rétablissement de l’état d’urgence. Si le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a répondu n’avoir « aucun tabou » sur le sujet, sa collègue à la Justice, Nicole Belloubet, a estimé ensuite qu’il y avait d’autres solutions.

Au lendemain des violences à Paris qui ont fait 133 blessés et entraîné l’interpellation de 412 personnes, l’hypothèse d’un retour de l’état d’urgence est revenue au premier plan dimanche. Plusieurs syndicats de police l’ont réclamé, en assurant que le déploiement des forces de l’ordre (49 unités mobiles, 4.600 membres) et la mise en place de vastes périmètres de sécurité pour protéger les institutions et les Champs-Elysées n’ont pas permis d’éviter les scènes de chaos. La réponse du gouvernement à ce sujet, elle, est apparue confuse, les ministres de l’Intérieur et de la Justice n’ayant pas exprimé la même position.

Samedi soir sur BFMTV, Christophe Castaner n’avait pas exclu cette solution, affirmant samedi n’avoir « aucun tabou » sur le sujet. « Nous étudierons toutes les procédures qui nous permettront de sécuriser plus encore », avait souligné le patron de Beauvau, alors qu’il était interrogé sur ce régime d’exception, mis en place après les attentats terroristes de Paris de 2015 mais aussi après les émeutes de novembre 2005 dans les banlieues. « Tout ce qui permettra de sécuriser plus, moi je n’ai pas de tabou. Je suis prêt à tout regarder », avait-il assuré.

Il y a « d’autres modes de solutions », assure au contraire Belloubet

Christophe Castaner s’était sans doute déjà trop avancé, en ouvrant une telle porte. Dimanche, sa collègue Nicole Belloubet a apporté un autre son de cloche. « Je ne suis pas certaine que nous en soyons arrivés à ce stade et je pense qu’il y a d’autres modes de solutions que le rétablissement de l’état d’urgence », a-t-elle déclaré lors d’un point-presse au tribunal de grande instance de Paris. Et lundi matin, c’est le secrétaire d’Etat du ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, qui a assuré sur RTL qu’un retour de l’état d’urgence n’était « pas à l’ordre du jour ».

Une réunion de crise s’était tenue dimanche à la mi-journée à l’Elysée, pour faire le point sur la situation de la veille et trouver une réponse à un mouvement qui semble avoir échappé à tout contrôle. Si Emmanuel Macron a souhaité que Christophe Castaner « mène une réflexion sur la nécessité éventuelle d’une adaptation du dispositif du maintien de l’ordre dans les jours à venir » face à « des casseurs plus violents, plus mobiles, plus organisés », l’éventualité d’instaurer l’état d’urgence n’a pas été évoquée, a rapporté la présidence.

L’Unsa-police pointe « deux échecs successifs » à Paris

Ce retour à l’état d’urgence face à ce « climat insurrectionnel » a notamment été demandé par l’Unsa-police et Alliance, ce dernier appelant également le « renfort de l’armée pour garder les lieux institutionnels et dégager ainsi les forces mobiles ‘intervention ». Selon Philippe Capon, secrétaire général de l’Unsa-police, il y a eu « deux échecs successifs sur la gestion du maintien de l’ordre à Paris », après le samedi 24 novembre. « On fixe des lieux pour manifester où les gens ne viennent pas », a-t-il souligné. « Il était impossible de contrôler les identités sur un lieu (la place de l’Etoile) où il y avait des manifestants si revendicatifs. Ça allait nécessairement poser problème. La stratégie des casseurs a été payante », a complété le syndicaliste qui demande l’interdiction des prochaines manifestations.

La Ligue des droits de l’Homme, elle, a rejeté par avance ce scénario. « On ne répond pas à une crise sociale en limitant les libertés publiques », a assuré l’ONG.

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