Que faut-il souhaiter à Donald Trump pour 2019?

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Trump Power, saison 2, épisode 13 – Donald Trump va devoir affronter l’année prochaine une double opposition. Sur le front domestique avec le début de la pré-campagne des primaires pour l’élection de 2020 et sur le front international face à isolement croissant et une montée des périls.

C’est un responsable français au cœur des turbulences mondiales qui le confie en privé et avec un peu d’humour noir : « Je ne sais pas trop quoi écrire sur ma carte de vœux », une façon d’avouer que souhaiter à ses proches une année douce et pacifique relèverait du doux rêve. Comme bien d’autres acteurs diplomatiques et militaires européens, il a été déstabilisé par l’annonce de Donald Trump de se retirer de Syrie. « Cette décision a toujours figuré sur nos plans en tant qu’hypothèse », dit-il, mais c’est à chaque fois le timing qui surprend. « Nous savons depuis un moment qu’il faut changer de logiciel avec Trump, qu’il fait exactement ce qu’il a promis de faire, sans prendre en considération les avis des autres et même ceux de son équipe », raconte un autre officiel européen.

Mais les alliés de l’Amérique ne comprennent toujours pas logique stratégique de Trump. Ses propres intérêts de politique intérieure, oui, mais pas quand ils viennent se fracasser sur ses convictions. L’exemple de la Syrie est patent. Trump a toujours considéré publiquement qu’au Moyen Orient, son principal ennemi était l’Iran. Raison pour laquelle il a déchiré l’accord sur le nucléaire signé par Obama. Obsession qu’il nourrit de ses relations avec la famille royale saoudienne et avec Benyamin Netanyahou en Israël.

Quelle est la logique de Trump en Syrie?
Or, en se retirant de Syrie, il laisse le champ libre à la Russie qui a le contrôle des airs, aux Turcs qui voudront en profiter pour éradiquer ce qu’ils perçoivent comme une menace kurde, mais surtout aux Iraniens sans qui le régime Assad ne pourrait pas maîtriser militairement les zones échappant à son emprise. Où est la logique ?

Donald Trump, en 2019, va commencer sa nouvelle année avec pour mission de se doter d’un nouveau ministre de la défense. James Mattis parti, qui acceptera de le remplacer? Avec quelle chance d’être validé au Sénat par des élus très remontés par la politique étrangère du président. Pour mener quelle politique par exemple en Asie? N’est-il pas incroyable qu’après avoir annoncé pour le début 2019 une nouvelle rencontre avec Kim Jong-un, Donald Trump soit cueilli à froid par une annonce de Pyongyang cette semaine, selon laquelle le projet de dénucléarisation est à l’étude mais avec une demande qu’il en aille de même côté américain?

Comme si presque un an de contacts et de négociations n’avait servi à rien. Les Etats-Unis réclamaient une dénucléarisation totale, irréversible et vérifiable, sans autre contrepartie qu’une potentielle promesse de non-agression et voilà que Kim Jong-un demande aux Etats-Unis de dénucléariser eux aussi. A moins qu’il s’agisse de retirer le parapluie nucléaire américain à la Corée du Sud? Voilà bien une hypothèse que James Mattis considérait comme nulle et non négociable. Toujours en Asie, le début de l’année 2019 sera jugé à l’aune des progrès accomplis d’ici la fin mars sur le dossier du commerce avec la Chine.

Des experts estiment que le conflit entre la Chine et les Etats-Unis est inévitable
Les deux grandes puissances sont engagées dans une partie de poker menteur dans laquelle on négocie en face à face des baisses de tarifs douaniers pendant que dans l’ombre on règle ses comptes avec des tentatives d’ingérence et d’espionnage technologique. La plupart des experts de la relation sino-américaine estiment que le conflit entre les deux pays est inévitable. Toute la question étant de savoir avec quels outils et quel courage politique Xi Jinping et Donald Trump sauront repousser puis limiter la brutalité de cet affrontement. L’insistance avec laquelle la Chine et les Etats-Unis multiplient leurs dépenses navales montre à quel point la devise « qui veut la paix prépare la guerre » est toujours d’actualité.

Idem, pourrait-on dire, sur le front intérieur. Donald Trump n’a pas envie d’attendre que les démocrates aient choisi leur candidat pour 2020 pour se lancer dans la bataille. La preuve? Il vient de « fermer » le gouvernement fédéral parce que les démocrates au Congrès refusaient de financer son « Mur » avec le Mexique. Tout en sachant que le prochain Congrès qui s’installera début janvier lui sera encore plus hostile, en tout cas à la Chambre où c’est bien une vague bleue qui s’est emparée des commandes.

Trump a réussi à faire voter deux lois majeures depuis 2016
Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Trump a réussi en deux ans à faire voter deux lois majeures. La première sous la forme d’une réforme fiscale dont l’économie semble profiter à travers ses indicateurs, même si la Réserve fédérale y trouve motif à rester très prudente -raison pour laquelle elle vient de remonter d’un petit cran les taux d’intérêt, déclenchant une énième colère de Trump. La deuxième avec cette réforme du système judiciaire et pénitentiaire qui prévoit d’alléger le système carcéral américain, l’un des plus peuplés du monde, au profit d’un réaménagement des petites peines. Très bien. Et maintenant?

Trump va mettre le paquet sur l’immigration tandis que la nouvelle Chambre démocrate va vouloir muscler la réforme de l’assurance santé. Le choc promet d’être rude. Trump en sortira-t-il comme un Berlusconi américain, ainsi que l’imagine le magazine économique Forbes? Ou bien comme un gladiateur qui ne lâche rien en prévision de la dernière ligne droite de 2020? Tout dépendra en partie de l’identité du favori ou de la favorite côté démocrate.

Trump va-t-il surprendre et travailler au centre en 2019?
A ce stade, l’ancien vice-président Joe Biden a toujours les faveurs des électeurs démocrates alors qu’il aura 78 ans en novembre 2020. Notamment des électeurs de l’Iowa, l’un des tout premiers états à voter dans les primaires et qui fait montre d’habitude d’une certaine audace. Verra-t-on sortir du bois des visages neufs capables de créer la surprise ou de déchaîner un nouvel enthousiasme chez les Démocrates? Et si un candidat indépendant se jetait dans la partie, au risque de servir la victoire au camp républicain, comme Ralph Nader en 2000, ou au camp démocrate, comme Ross Perot en 1992?

Beaucoup pensent que la dernière année du premier mandat est celle de toutes les chances de rebondir pour un président sortant. En fait, l’avant-dernière est beaucoup plus utile. Surtout si le Congrès est en partie hostile. C’est l’occasion de tenter de travailler au centre. Comme a su le faire Bill Clinton en 1995 ou Barack Obama en 2011. Donald Trump a prouvé jusqu’à présent qu’il préférait coller à sa base que de rassembler plus large. 2019 pourrait nous surprendre. Ou est-ce parce qu’on l’espère tout simplement?

Après avoir suivi la campagne présidentielle 2016 avec Bureau Ovale saison 3, ce nouveau blog de François Clemenceau a pour objectif d’analyser tous les aspects de la présidence Trump : politique, économique, diplomatique, ce qui sous-entend naturellement le débat et les actions de l’opposition démocrate.

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