Européennes : on vous présente les têtes de liste

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La majorité des formations politiques ont désormais désigné le candidat qui conduira leur liste pour les élections européennes du 26 mai prochain. Le JDD dresse l’état des lieux.

Dans quatre mois, le 26 mai, les électeurs choisiront les 79 eurodéputés français qui siégeront au Parlement européen, avec leurs collègues des 26 autres Etats-membres, pendant les cinq prochaines années. En France, ces élections européennes seront le premier test majeur du quinquennat d’Emmanuel Macron et à l’enjeu européen – faut-il renforcer l’UE ou au contraire la remettre en cause? – s’ajoutera celui portant sur le bilan du chef de l’Etat, dans un contexte social explosif. Pour la première fois depuis 1999, les citoyens Français auront le choix entre les mêmes listes, grâce au retour de la circonscription nationale.

Chaque mouvement politique va donc soumettre au vote une liste unique, comprenant toutes les personnalités qu’il veut voir siéger à Bruxelles et Strasbourg. A commencer par leur « tête de liste », amenée à figurer au premier plan de la campagne électorale qui commence. Le JDD vous présente, dans l’ordre des intentions de vote à la mi-janvier, celles qui sont déjà désignées et fait le point sur celles qui restent à connaître.

Jordan Bardella, caution jeune du Rassemblement national
La tête de liste : le porte-parole du RN, 23 ans, a été officialisé comme tête de liste le 7 janvier. Sa désignation appuie la stratégie du parti d’extrême droite de mettre en avant de jeunes élus, surtout dans la perspective de « refondation » qu’il assure avoir menée en 2018. Le fait que ce jeune homme aux origines italiennes soit originaire d’une famille modeste de Seine-Saint-Denis est un autre message que veulent transmettre les frontistes. Jordan Bardella conduira une liste qui compte quelques ralliés, comme l’ex-ministre LR Thierry Mariani. Marine Le Pen, elle, a préféré rester députée nationale mais compte s’impliquer fortement dans cette campagne, quitte à ce que son jeune représentant manque un peu d’espace.

Eurodéputés sortants : 17, contre 24 élus RN en 2014

La liste dans les sondages : entre 21% (Ifop réalisé les 8-9 janvier) et 24% (Odoxa des 19 et 20 décembre) d’intentions de vote dans l’hypothèse sans liste Gilets jaunes. Ce niveau lui accorderait entre 22 et 24 sièges au Parlement européen sur les 79 en jeu pour la délégation française.

Les macronistes n’ont pas encore trouvé la bonne personne
La tête de liste : elle est encore inconnue. Le parti présidentiel, associé au MoDem de François Bayrou, devrait être le dernier à se choisir une tête de liste. Le délégué général LREM, Stanislas Guerini, a assuré début janvier que son identité devrait être connue fin février. Elle pourra être issue de ses rangs mais pas forcément, a-t-il ajouté. Les macronistes tentent notamment de rallier quelques juppéistes autour de cette liste qui se voudra pro-UE, mais souhaitent également renforcer leur aile gauche et écologiste.

De l’aveu de plusieurs dirigeants du mouvement interrogés par le JDD, ce n’est toutefois pas une simple hésitation entre un ou deux noms qui ralentit leur prise de décision. Plutôt un grand flou. Une nouvelle hypothèse circule ces derniers jours : celle de désigner Laurence Tubiana, présidente de la Fondation européenne pour le climat et ex-négociatrice en chef de la COP21.

Eurodéputés sortants : 3 (2 MoDem et 1 apparenté LREM)

La liste LREM-MoDem dans les sondages : entre 19% (Odoxa) et 23% (Ifop) d’intentions de vote. Ce niveau lui accorderait entre 18 et 24 sièges.

Manon Aubry, la militante associative choisie par La France insoumise
La tête de liste : cette responsable associative n’était pas le premier choix de la France insoumise. Mais après le retrait de Charlotte Girard, qui était dans le premier cercle de Jean-Luc Mélenchon avant de prendre quelques distances, c’est bien Manon Aubry qui a été désignée le 8 décembre pour conduire cette liste. Spécialiste de l’évasion fiscale et porte-parole de l’ONG Oxfam en France, après avoir oeuvré dans plusieurs ONG, cette native de Fréjus, âgée de 29 ans, va donc tenter de faire entrer avec au Parlement européen le maximum d’insoumis, parmi lesquels quelques fidèles du leader du mouvement comme Manuel Bompard (2e sur la liste) ou le nouvel allié venu du PS Emmanuel Maurel (6e). Mélenchon est candidat en position inéligible, à l’avant-dernière place.

Eurodéputés sortants : 2, dont un apparenté

La liste France insoumise dans les sondages : entre 9,5% (Ifop) et 11,5% (Odoxa) d’intentions de vote. Ce niveau lui accorderait entre 10 et 11 sièges.

François-Xavier Bellamy, l’intellectuel de Laurent Wauquiez
La tête de liste possible : Laurent Wauquiez a confirmé cette semaine auprès de Paris Match qu’il comptait bien désigner le philosophe François-Xavier Bellamy, 33 ans, comme chef de la liste LR. Un pari pour le patron de la droite, alors que son mouvement a tendance à reculer dans les sondages pour atteindre un niveau très bas. La désignation de cet intellectuel conservateur, réputé proche de la Manif pour tous, et ex-conseiller de ministres devrait être validée le 29 janvier. Cette candidature ne fait toutefois pas l’unanimité puis le président LR du Sénat a exprimé une nouvelle fois ses réserves jeudi dernier.

Eurodéputés sortants : 16, contre 20 élus UMP en 2014

La liste LR dans les sondages : entre 8% (Odoxa) et 10% (Ifop) d’intentions de vote. Ce niveau lui accorderait entre 7 et 10 sièges.

Nicolas Dupont-Aignan, le souverainiste qui veut encore grandir
La tête de liste : Le député de l’Essonne a prévenu dès le mois de septembre 2018 qu’il conduirait lui-même sa liste aux européennes. Le patron de Debout la France a fait pour cette campagne alliance avec le Parti chrétien-démocrate et le CNIP, réunis sous le nom « les Amoureux de la France ». Allié de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, Nicolas Dupont-Aignan tente cette fois-ci d’avoir ses propres élus à Strasbourg, ce qu’il n’avait pas réussi en 2014 (3,82%) et en 2009 (1,77%).

Eurodéputés sortants : 1 (aucun élu en 2014)

La liste Debout la France dans les sondages : entre 7% (Odoxa) et 7,5% (Ifop) d’intentions de vote. Ce niveau lui accorderait entre 6 et 7 sièges.

Yannick Jadot, l’écologiste reste dans son couloir
La tête de liste : L’eurodéputé sortant de 51 ans avait été élu par les sympathisants de son parti en juillet 2018, face à sa collègue Michèle Rivasi. Il reste depuis peu sensible aux appels à l’union de la gauche, défendant la cohérence d’une offre uniquement écologiste pour ces européennes. Pas question donc pour lui de reconduire l’alliance de la présidentielle avec l’ex-PS Benoît Hamon, ni de se laisser tenter par l’offre de service de Ségolène Royal. Yannick Jadot veut des élus qui siégeront au final bien avec les verts européens.

Eurodéputés sortants : 5, contre 6 élus en 2014

La liste EELV dans les sondages : 6,5% d’intentions de vote. Ce niveau lui accorderait 6 sièges.

Olivier Faure, le premier secrétaire du PS par défaut?
La tête de liste possible : premier secrétaire d’un parti qui doit se reconstruire après le quinquennat Hollande, Olivier Faure pourrait ne pas avoir d’autre choix que de conduire la liste PS. Un scénario dont il ne voulait pas jusque-là, mais le député de Seine-et-Marne a essuyé plusieurs refus avant de voir Ségolène Royal se retirer, faute de rassemblement de la gauche. Lui aussi voulait une liste d’union, voeu pour l’heure qui reste non-exaucé. Il a donc annoncé vendredi qu’il prendrait « ses responsabilités » si, le 2 février, les choses n’évoluaient pas.

Eurodéputés sortants : 9, contre 13 élus en 2014

La liste PS dans les sondages : entre 4% (Ifop) et 7% (Odoxa) d’intentions de vote. Ce niveau dans le second sondage lui accorderait 6 à 7 sièges, contre aucun pour le premier (car en-dessous du seuil des 5%).

Jean-Christophe Lagarde, le centriste pro-Europe mais pas pro-Macron
La tête de liste : la formation du député de Seine-Saint-Denis a entériné le 15 décembre le principe d’une liste autonome. Il n’est donc pas question d’une alliance pro-Europe avec Emmanuel Macron. L’UDI, qui avait fait la campagne des européennes de 2014 avec le MoDem de François Bayrou puis avait rompu avec Les Républicains après l’arrivée à sa tête de Laurent Wauquiez, tente de porter une offre alternative entre la majorité macroniste et le reste de la droite. Cela passera par l’élection au Parlement européen d’élus UDI, à commencer par Jean-Christophe Lagarde qui devra dans ce cas choisir avec son mandat national.

Eurodéputés sortants : 1, contre 6 élus avec le MoDem en 2014

L’UDI dans les sondages : entre 2,5% (Odoxa) et 3,5% (Ifop) d’intentions de vote. Ce niveau ne lui accorderait aucun siège.

Benoît Hamon, premier test pour Générations
La tête de liste : l’ancien ministre de François Hollande et candidat du PS à la présidentielle s’est lancé dans une nouvelle aventure politique en 2017 en lançant son propre mouvement. Benoît Hamon a officialisé début décembre sa propre candidature pour mener la liste de Générations, tout en multipliant des appels à l’unité à gauche. Il pourrait encore tenter le rassemblement avec l’initiative citoyenne Place publique, lancée notamment par l’intellectuel Raphaël Glucksmann, voire le PCF. Sinon, il lui faudra faire campagne seul, en concurrence avec d’autres listes de gauche, pour essayer d’obtenir quelques élus.

Eurodéputés sortants : 3 ex-PS

Générations dans les sondages : entre 2,5% (Ifop) et 3% (Odoxa) d’intentions de vote. Ce niveau ne lui accorderait aucun siège.

Ian Brossat, le nouveau visage des communistes
La tête de liste : il est parti dans les premiers. Ian Brossat, 38 ans, sait depuis le 3 juin 2018 qu’il conduira une liste communiste, à défaut de trouver – encore? – une entente avec le reste de la gauche. Le maire adjoint de Paris, chargé du logement auprès d’Anne Hidalgo, va tenter de faire vivre son mouvement dans cette campagne, maintenant que l’union avec Jean-Luc Mélenchon n’est plus d’actualité. Il sera associé dans cette démarche par le nouveau leader du PCF, Fabien Roussel.

Eurodéputés sortants : 3 (dont apparenté), contre 4 élus « Front de gauche » en 2014

Le PCF dans les sondages : entre 2% (Odoxa) et 2,5% (Ifop) d’intentions de vote. Ce niveau ne lui accorderait aucun siège.

L’inconnue Gilets jaunes
Y aura-t-il une liste Gilets jaunes aux européennes? Et avec quels Gilets jaunes? Si pour l’heure, aucune initiative concrète ne confirme cette perspective, la contestation sociale survenue en novembre dernier et qui persiste a aussi troublé le jeu politique. Les enquêtes mesurant une liste autonome composée de représentants des manifestants créditerait celle-ci d’environ 8% d’intentions de vote, impactant principalement le RN et plus légèrement la France insoumise. A charge maintenant aux « Gilets » de s’organiser, même si une telle liste ne pourra de toute façon être pleinement représentative du mouvement – certains leaders écartant d’avance tout engagement politique.

Et aussi :
Florian Philippot joue gros avec Les Patriotes. L’ex-numéro deux du FN va mener sa première campagne nationale à la tête de son propre parti, fondé en 2017. L’eurodéputé défend la sortie de la France de l’UE. S’il ne passe pas la barre de 5% des voix, ce mouvement pourrait perdre ses trois eurodéputés élus sur la liste lepéniste en 2014, parmi lesquels Philippot lui-même.
François Asselineau, lui aussi défenseur acharné du « Frexit », mènera une nouvelle fois son parti, l’UPR, dans cette campagne. L’ex-candidat à la présidentielle de 2017 (0,92% des voix) a confirmé sa candidature en octobre 2018.
Jean Lassalle prolonge l’aventure de la présidentielle (1,21%) avec son propre mouvement « Résistons ». L’ancien acolyte de François Bayrou au MoDem promeut une « Europe des nations » façon De Gaulle.
A l’extrême gauche, le NPA et LO ne sont pas parvenus à s’entendre sur une liste d’union malgré des discussions à l’automne. Les deux formations révolutionnaires, incarnées par Philippe Poutou et Nathalie Arthaud, devraient donc se lancer chacun de leur côté, comme c’est habituellement le cas.

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