Stéphane Le Foll fait le bilan du quinquennat Hollande : « Nous aurions pu éviter la loi travail »

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Ancien ministre de François Hollande, Stéphane Le Foll revient sur le bilan de l’ex-Président et dévoile la stratégie qu’il préconise pour les prochaines élections.

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Lundi, l’actuel premier secrétaire du PS, Olivier Faure, dressera un bilan des années Hollande. Fidèle historique de l’ancien Président, le maire PS du Mans Stéphane Le Foll défend dans le JDD le bilan du prédécesseur d’Emmanuel Macron et revendique pour le PS le leadership à gauche dans la campagne des européennes. « Nous aurions pu éviter la loi travail, qui n’était pas nécessaire, analyse-t-il. Nous avons commis des erreurs politiques en ne parlant pas assez à la gauche. Mais nous avons redressé les comptes publics sans remettre en cause notre modèle social, quand Emmanuel Macron échoue sur ce point, et nous avons fait repartir la croissance. Quant à l’inventaire du quinquennat, nous aurions dû le faire plus tôt. Le faire aujourd’hui, en plein mouvement des Gilets jaunes, c’est une erreur. Dix-huit mois après l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, les Français veulent connaître nos réponses d’aujourd’hui. Pas celles d’hier. »

Demain, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, dressera un inventaire des années Hollande. L’ex-président reste-t-il un recours?
Je ne veux pas tomber dans l’idée du dégagisme. La question n’est pas de savoir à qui on se raccroche, mais à quoi.

Quel regard portez-vous sur son quinquennat?
Nous aurions pu éviter la loi travail, qui n’était pas nécessaire. Nous avons commis des erreurs politiques en ne parlant pas assez à la gauche. Mais nous avons redressé les comptes publics sans remettre en cause notre modèle social, quand Emmanuel Macron échoue sur ce point, et nous avons fait repartir la croissance. Quant à l’inventaire du quinquennat, nous aurions dû le faire plus tôt. Le faire aujourd’hui, en plein mouvement des Gilets jaunes, c’est une erreur. Dix-huit mois après l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, les Français veulent connaître nos réponses d’aujourd’hui. Pas celles d’hier.

Il faut sortir d’une dangereuse coupure entre l’écologie et les classes populaires

Précisément, le PS a du mal à les faire entendre…
Oui. Jusqu’ici, le PS peine à être entendu alors que ses groupes parlementaires font un travail remarquable. La grande question pour demain, c’est de combiner l’urgence écologique et l’urgence sociale. On doit passer de la social-démocratie à la social-écologie. Pour cela, on ne peut pas continuer à faire financer l’écologie par les plus modestes, comme avec la taxe carbone. On taxe le carburant des pauvres, mais pas celui des plus riches, le kérosène utilisé pour les avions! Pour financer l’écologie, je porte l’idée du climatologue Jean Jouzel : la création d’une banque européenne pour le climat.

Ségolène Royal était prête à faire de Yannick Jadot le numéro un d’une liste de rassemblement de la gauche aux européennes. Une bonne idée?
Yannick Jadot veut faire cavalier seul, mais il est lui aussi confronté politiquement à la contestation sociale. Le mouvement des Gilets jaunes a rappelé que ceux qui touchent le smic n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois. Il faut sortir d’une dangereuse coupure entre l’écologie et les classes populaires.

Pour ne pas disparaître, le PS devrait s’effacer? Non. Ce n’est pas mon idée. Ne pas avoir la tête de liste serait un problème.

Olivier Faure appelle toujours à un très large rassemblement à gauche pour les élections européennes…
Certains disent qu’on est d’accord sur tout. Je demande déjà à voir sur quoi. Les écologistes sont pour augmenter la taxe carbone. J’y suis opposé. Benoît Hamon pense que la gauche, c’est lui, mais Génération.s est crédité de 2,5 % dans les sondages. Place publique [PP]? C’est tout nouveau, ils doivent bientôt mettre sur la table leurs propositions. C’est bien, car pour l’instant nous ne les connaissons pas.

Dans l’hypothèse d’une alliance entre le PS et PP, qui devrait mener la liste?
Chez moi, dans la Sarthe, très peu de gens connaissent Place publique. Nous sommes un parti avec une longue histoire, avec une centaine de parlementaires, avec de très nombreux élus locaux. Pour ne pas disparaître, le PS devrait s’effacer? Non. Ce n’est pas mon idée. Ne pas avoir la tête de liste serait un problème.

Olivier Faure doit-il être candidat?
Il a dit qu’il prendrait ses responsabilités, je le soutiens. Dans ce moment difficile, il faut porter le message socialiste et être en première ligne.

Je suis surpris que Benoît Hamon ait attendu 2019 pour se rendre compte de la dérive de Jean-Luc Mélenchon

Diriez-vous, comme Benoît Hamon, que Jean-Luc Mélenchon a quitté les rives de la gauche?
Je suis surpris que Benoît Hamon ait attendu 2019 pour se rendre compte de la dérive de Jean-Luc Mélenchon. Mélenchon avait Chávez comme modèle. L’appel au peuple et la prétention à l’incarner sont un danger pour la démocratie. Car au final, c’est toujours une minorité qui parle au nom du peuple.

Certains Gilets jaunes veulent faire une liste aux européennes. Est-ce une bonne chose?
Qu’ils présentent une liste, cela me paraît respectable. Se frotter au débat démocratique peut leur permettre de trouver un débouché politique, même si leurs revendications ne portent pas essentiellement sur des questions européennes.

Un grand débat a lieu en ce moment. Y participez-vous?
En tant que maire du Mans, je facilite son organisation en mettant des salles à disposition. Mais personnellement, je n’y participe pas car j’ai un doute sur l’issue du débat. Emmanuel Macron a pris la main dessus. Il en évacue certains sujets comme l’ISF et ne compte pas remettre en cause son projet politique, qui est un projet libéral, celui d’un nouveau monde vivant de vieilles recettes. Il devait être l’arbitre neutre du débat, il s’est mis à envahir le terrain. Afin d’en sortir par le haut, je suis en tout cas favorable à la proposition de la CFDT qui consiste à organiser un « Grenelle du pouvoir de vivre » à l’issue du débat, en impliquant les associations et les syndicats.

Solférino, l’inventaire
« C’est le siège acheté de la victoire et aujourd’hui c’est le siège vendu de la déroute », résume Bernard Poignant, l’un des confidents de François Hollande, dans le documentaire L’Adieu à Solférino de Grégoire Biseau et Cyril Leuthy, diffusé sur Public Sénat le 16 février. Ce film est surtout un riche inventaire du dernier quinquennat. Arcelor et la rencontre entre Mittal et François Hollande, Arnaud Montebourg n’y était pas. Emmanuel Macron, oui. « Il m’a dit une chose : “Le chef a baissé son bénard”, raconte Montebourg. Les gens ont compris que les socialistes ne servaient à rien. » Le pacte de responsabilité ? « Là, j’ai dit attention », se rappelle Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre. Christiane Taubira raconte aussi sa « stupeur » devant la déchéance de nationalité, cette « faute politique ». François Hollande, lui, se défend et prend ses distances avec le PS : « Il y a un moment où les organisations finissent par se vider d’une certaine substance intellectuelle ».

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