Blessure du Gilet jaune Jérôme Rodrigues : il y a bien eu un tir de LBD, mais le flou demeure

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Le Parisien rapporte jeudi que l’IGPN a établi qu’un tir de lanceur de balles de défense (LBD) a bien été effectué samedi dernier à Paris, au moment où le Gilet jaune Jérôme Rodrigues a été blessé à l’oeil. Un fonctionnaire de police l’a notamment reconnu, tout en assurant qu’il ne visait pas le manifestant.

Arme déjà controversée, le LBD a-t-il causé la blessure à l’oeil de Jérôme Rodrigues, figure des Gilets jaunes, samedi à Paris? L’hypothèse revient avec force alors que deux versions s’opposaient jusque-là. Saisie le jour même de l’incident de la place de la Bastille, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », a désormais établi qu’un tir de lanceur de balles de défense a bien été effectué au moment où l’homme de 39 ans, très suivi sur les réseaux sociaux, a été touché. C’est ce que rapporte Le Parisien dans son édition de jeudi.

Ces premières conclusions de l’enquête sont fondées sur deux éléments, précise le journal :

L’exploitation des vidéos de la préfecture de police et celles tournées par les manifestants appuient l’idée d’un tel tir, sans le certifier formellement.
Un policier a lui-même reconnu auprès de sa hiérarchie avoir fait usage d’un LBD à cet endroit et dans le même intervalle de temps, mais affirme ne pas avoir touché Jérôme Rodrigues.
Le gouvernement évoquait jusque-là l’usage d’une seule grenade de désencerclement
Jusqu’à présent, le ministère de l’Intérieur évoquait l’usage d’une grenade de désencerclement, sans évoquer de tir de LBD. « Je n’ai aucun élément qui me permet de dire qu’il y a eu un usage d’un LBD qui aurait touché M. Rodrigues », a ainsi affirmé dimanche le secrétaire d’Etat à l’Intérieur, Laurent Nunez, tout en appelant à être « prudent » et ajoutant que 18 tirs de LBD avaient été recensés samedi place de la Bastille.

Et mardi sur BFMTV, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner confirmait encore que le « seul fait constaté » était « l’envoi d’une grenade de désencerclement ». « Pour chacun des tirs, non seulement ils ont été filmés mais en plus ils font l’objet d’un rapport le soir. C’est l’obligation que j’ai donnée aux policiers et je sais qu’ils la respectent. S’ils ne la respectent pas ou s’ils ne l’ont pas respectée et qu’ils nous l’ont caché, il y a une faute et ils seront sanctionnés, partout en France », avait-il ajouté.

Le policier s’était trompé de créneau horaire
Le Parisien précise que le policier en question, rattaché à la compagnie de sécurisation et d’intervention (CSI) des Hauts-de-Seine, n’a pas omis de signaler le tir de LBD à sa hiérarchie. Mais il n’aurait pas mentionné le bon horaire, à une demi-heure près, ne permettant pas de le rapprocher du moment où Jérôme Rodrigues a été blessé. Il a ensuite rectifié cette information dans un second rapport, que détient aujourd’hui l’IGPN. Il doit encore être entendu par la police des polices, précise le quotidien.

« Nous avons eu connaissance de ce rapport aujourd’hui (mercredi). Il a été immédiatement transmis à l’IGPN. Aucun élément contenu dans cette note ne permet d’affirmer ou d’infirmer l’une ou l’autre des thèses », a commenté auprès de l’AFP le ministère de l’Intérieur. « C’est à l’IGPN qui mène l’enquête sous l’autorité du parquet de Paris, qu’il appartient d’établir les faits. Le ministère de l’Intérieur communiquera à l’IGPN l’ensemble des documents dont il aura connaissance », a poursuivi Beauvau.

Le LBD suspendu? Décision jeudi ou vendredi au Conseil d’Etat
L’hypothèse du tir de LBD avait déjà été relancée par une vidéo amateur diffusée par l’émission de TMC Quotidien, qui semble montrer qu’un projectile a bien été tiré par un des policiers présents sur la place de la Bastille à quelques mètres de Jérôme Rodrigues et avant que celui-ci ne s’écroule au sol. Sur ces images de qualité moyenne, on voit un policier épauler ce qui ressemble à un LBD dont le canon laisse alors échapper une petite fumée.

Sur une autre vidéo de meilleure qualité filmée au même moment, deux bruits sont entendus : l’explosion sourde d’une grenade puis le tir sec typique d’un LBD. « Les vidéos diffusées [mardi] soir par Quotidien n’attestent en aucun cas qu’un tir de LBD a été dirigé contre Monsieur Rodrigues », avait affirmé en réponse le ministère de l’Intérieur auprès de l’AFP. Ces vidéos ont toutefois été portées au dossier.

Le LBD-40, arme non létale qui a succédé au « Flash-Ball » utilisé à partir des années 90, est accusé d’avoir éborgné plusieurs manifestants depuis le début du mouvement des Gilets jaunes. Il a été utilisé 9.228 fois lors des manifestations depuis la mi-novembre, a indiqué mercredi Pascale Léglise représentante du ministère de l’Intérieur lors d’une audience au Conseil d’Etat. L’instance examinait justement mercredi des recours déposés en urgence pour obtenir la suspension de l’usage du lanceur. La réponse tombera dès jeudi soir, vendredi matin au plus tard, a promis le président, à l’issue d’une audience de près de trois heures – durée rare – particulièrement tendue.

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