Syrie : après la perte de son territoire, que va-t-il rester de l’Etat islamique?

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L’Etat islamique est en passe de perdre sa dernière poche en Syrie, mais sa capacité de nuisance n’a pas disparu.

L’assaut final contre l’Etat islamique en Syrie a commencé. Depuis quelques jours, les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont lancé la bataille pour reprendre au groupe djihadiste sa dernière poche, située dans la province de Deir Ezzor, dans l’Est du pays. Selon les FDS, environ 500 à 600 djihadistes sont toujours regroupés dans la zone et opposent une résistance acharnée, même si leur défaite semble inéluctable. Elle ouvrira rapidement la voie au désengagement des 2.000 militaires américains présents sur place. La menace terroriste est pourtant loin d’avoir été annihilée.

L’Etat islamique a déjà opéré sa mue

Contrairement à ce qu’a affirmé Donald Trump fin décembre, l’Etat islamique est loin d’être vaincu. La victoire militaire de la coalition internationale – indispensable – qui se profile ne règle pas tous les problèmes posés par le groupe djihadiste, qui reste redoutable dans la clandestinité. Sur Franceinfo, le spécialiste Wassim Nasr expliquait lundi que certains djihadistes « sont au sud de l’Euphrate dans une zone désertique de plus d’un millier de kilomètres carré de déserts et des grottes, où ils sont libres d’agir comme ils veulent. »

Ils ont fait ce que doit faire toute armée face à une opposition mieux équipée, avec des forces navales et aériennes

Le groupe a en effet entamé sa mue en développant notamment des cellules dormantes dans les territoires perdus. « Ils ont fait ce que doit faire toute armée face à une opposition mieux équipée, avec des forces navales et aériennes », expliquait récemment Seth Jones, chercheur au Center for Strategic and International Studies (CSIS). « Tu te disperses, n’opères plus en formations importantes, tu passes sous terre, tu construis ton réseau clandestin, tu commets des assassinats ciblés, tu emploies des explosifs improvisés et tu attends que l’occasion se présente ».

Le risque de résurgence en Syrie et en Irak
Dans la zone irako-syrienne, les attentats sont nombreux. Mi-janvier, quatre Américains, dont deux soldats, ont été tués à Manbij, dans le nord de la Syrie, dans un attentat revendiqué par l’Etat islamique. Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière contre des soldats américains depuis leur déploiement dans la zone en 2015. Or, Manjib a été reprise à l’Etat islamique depuis plus de deux ans, signe de la dangerosité que peut conserver le groupe après ses défaites. Des dizaines d’attaques comme celles-ci, moins médiatisées, ont été revendiquées ces derniers mois par l’Etat islamique, notamment en Irak où il est vaincu militairement depuis plus d’un an.

Dans un rapport publié l’été dernier, le Pentagone notait qu’en raison de « l’illégitimité du régime syrien, des divisions sectaires au sein de la société syrienne et de l’énorme effort de reconstruction nécessaire dans un pays ravagé par la guerre civile », le risque de résurgence de l’Etat islamique était réel. En l’absence d’un engagement antiterroriste soutenu, l’EI pourrait « reconquérir des territoires restreints » dans une période comprise entre 6 et 12 mois.

Il ne faut pas se leurrer : une fois que la pression militaire va baisser, ils risquent de revenir

Le département de la Défense estime en effet que l’Etat islamique reste tout à fait en mesure de « se restructurer et de travailler à la ré-émergence de son califat », qui demeure son principal objectif à long terme. Le groupe pourrait profiter de l’absence d’opposition militaire dans certaines zones de Syrie pour se reconstruire et recruter à nouveau des candidats au djihad. « La pression militaire est telle en ce moment en Syrie et en Irak que c’est pour l’instant difficile. Mais il ne faut pas se leurrer : une fois que la pression militaire va baisser, ils risquent de revenir », explique Wassim Nasr.

Un groupe encore dangereux partout dans le monde
Malgré ses difficultés en Syrie, l’Etat islamique a réussi ces dernières années à s’imposer dans d’autres zones. « L’épicentre du djihad pour l’Etat islamique est devenu le lac Tchad et l’Afghanistan », note Wassim Nasr. « Une proto-construction étatique est en cours dans ces deux zones, qui pourrait être similaire à ce que l’on a pu voir en Syrie », avance-t-il. Le pouvoir de nuisance de l’organisation reste également très fort en Libye, en Egypte, au Yémen et dans plusieurs pays du Sahel notamment.

De plus, l’idéologie du groupe est toujours vivante et la menace terroriste est encore importante en Europe par exemple. Sans sa base arrière syrienne pour préparer ses attaques, l’EI n’est vraisemblablement plus en mesure de fomenter des attentats d’envergure comme ceux du 13-Novembre, mais des attaques moins élaborées, comme celles de Trèbes ou de Strasbourg, sont toujours à craindre. Sans parler des risques que le retour de djihadistes dans leur pays d’origine pourrait faire peser.

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