Donald Trump, agent russe : pourquoi le président américain nourrit les soupçons

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Plusieurs détracteurs de Donald Trump le soupçonnent de servir les intérêts russes, des accusations inédites à l’encontre d’un président américain. Voici sur quoi s’appuient leurs doutes.

« Si Donald Trump n’est pas un agent russe, il en fait une très bonne imitation », écrivait le mois dernier le chercheur Max Boot. Dans une tribune publiée par le Washington Post, il listait 18 raisons laissant penser que le président américain servait les intérêts de Moscou. Aussi insensée soit-elle, la question n’est plus taboue depuis quelques semaines aux Etats-Unis. Mardi, le journaliste vedette de CNN, Anderson Cooper, l’a posée à l’ancien directeur du FBI par intérim Andrew McCabe, qui assure actuellement la promotion de son livre, La Menace : comment le FBI protège l’Amérique à l’heure du terrorisme et de Trump.

« Il est possible [que Trump soit un agent russe]. C’est pourquoi nous avons commencé à enquêter et je suis vraiment impatient de voir ce que va conclure le procureur Mueller », a-t-il répondu. Comme l’a révélé le New York Times mi-janvier, la police fédérale américaine a en effet ouvert une enquête en mai 2017 pour savoir si Donald Trump travaillait pour le compte de la Russie. Selon le journal, le FBI avait des soupçons sur d’éventuels liens de Donald Trump avec la Russie depuis la campagne présidentielle de 2016 mais il n’avait pas ouvert d’enquête jusqu’à ce que le milliardaire républicain limoge James Comey, l’ex-directeur du FBI.

Plusieurs de ses proches liés à la Russie
Les détracteurs de Donald Trump pointent les nombreuses ramifications de l’enquête russe pour appuyer leurs soupçons. Son ancien directeur de campagne, Paul Manafort, a transmis des sondages électoraux à un de ses anciens associés, un Russe soupçonné d’être lié aux services de renseignement de son pays.

L’ancien conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, a lui reconnu avoir promis à l’ambassadeur de Russie aux Etats-Unis que la nouvelle administration reviendrait sur des sanctions adoptées par Barack Obama contre Moscou.

Quant à Donald Trump, il avait relancé en 2015 son projet de construire une Trump Tower de 100 étages à Moscou, un projet qui aurait été poursuivi jusqu’en juin 2016, alors que la campagne présidentielle était déjà bien engagée.

Ces accusations sans précédent contre un président américain sont nourries par le comportement de Donald Trump lui-même, à commencer par ses rapports ambigus avec son homologue russe Vladimir Poutine. Depuis l’entrée en fonction du républicain, les deux hommes se sont rencontrés cinq fois, dont deux en tête-à-tête, à Hambourg et Helsinki. Selon le Washington Post, il n’existe aucun compte-rendu détaillé de leurs discussions. A l’issue d’un de ces entretiens, à Hambourg en juillet 2017, l’Américain aurait même pris possession des notes de son interprète, lui demandant de ne pas partager la teneur de la conversation.

Des rapports ambigus avec Vladimir Poutine
Un an plus tard, son face-à-face très conciliant avec le président russe à Helsinki lui a valu des critiques acerbes jusque dans son propre camp. Donald Trump avait en effet semblé accepter les dénégations du maître du Kremlin sur la question de l’ingérence russe dans la campagne présidentielle, pourtant attestée par le FBI et les agences américaines du renseignement. Pourquoi Vladimir Poutine, « un ancien agent du KGB qui n’a jamais été amical avec les Etats-Unis » est-il « le meilleur copain du président Trump? », s’interrogeait alors le sénateur démocrate Richard Durbin.

Andrew McCabe, encore lui, a rapporté une anecdote étonnante en début de semaine dans une interview à la radio publique NPR. L’ancien directeur par intérim du FBI expliquait que lors d’une réunion avec Donald Trump, le président américain avait contredit ses propres services de renseignement sur l’existence d’un récent tir de missile nord-coréen, assurant que Vladimir Poutine lui avait dit le contraire. « Comment transmettre […] le meilleur de notre travail de renseignement à quelqu’un qui choisit de croire nos adversaires? », s’interrogeait McCabe.

Une enquête « proche de sa conclusion »
Depuis son entrée en fonction, le président américain ne cesse de démentir ses liens supposés avec le Kremlin. Selon un décompte du New York Times, Donald Trump a publiquement critiqué l’enquête russe plus de 1.100 fois entre janvier 2017 et aujourd’hui. « Aucun autre homme politique n’a dû passer par ça. Ça s’appelle du harcèlement présidentiel. Et c’est malheureux. Et ça fait vraiment du mal à notre pays », s’était-il plaint début février.

Le milliardaire ne cesse pas non plus d’invectiver ses détracteurs. Il a ainsi accusé Andrew McCabe, qu’il estime « déshonoré », d’avoir « été viré [du FBI] pour ses mensonges ». Quelques mois plus tôt, c’est James Comey, un « flic véreux », qui avait été la cible de sa colère. « Non seulement je n’ai jamais travaillé pour la Russie mais je pense que c’est une honte que vous posiez cette question », avait-il répondu à un journaliste mi-janvier, depuis la Maison-Blanche.

Cette « chasse aux sorcières », comme la surnomme Donald Trump, ne prendra fin que lorsque le procureur spécial Robert Mueller rendra ses conclusions. Pour l’heure, son enquête se poursuit dans le plus grand secret. Elle « est proche de sa conclusion », indiquait le ministère de la Justice fin janvier.

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