Algérie : les étudiants se mobilisent contre une réélection d’Abdelaziz Bouteflika

2278

Les étudiants algériens se sont à leur tour mobilisés en masse mardi dans tout le pays contre la perspective d’un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika.

Pour le pouvoir algérien, ce sont les urnes qui trancheront. Pour les manifestants, Abdelaziz Bouteflika ne doit pas attendre l’élection présidentielle du 18 avril prochain, à laquelle il est candidat, pour renoncer définitivement à sa fonction. Après les manifestations de masse de vendredi, puis de nouveaux cortèges de moindre ampleur dimanche et lundi, ce sont plusieurs centaines d’étudiants qui ont investi mardi dans les rues d’Alger pour dénoncer la perspective d’un cinquième mandat du chef d’Etat, au pouvoir depuis 1999.

Abdelaziz Bouteflika, en annonçant le 10 février sa décision de briguer un nouveau mandat, a mis fin à de longs mois d’incertitude. Mais, celui qui souffre des séquelles d’un accident vasculaire cérébral (AVC) depuis 2013 a aussi déclenché une contestation inédite depuis des années.

Quelques incidents sporadiques en marge de manifestations qui se sont déroulés dans le calme
Environ 500 étudiants se sont regroupés dans la faculté centrale, doyenne des universités en plein centre de la capitale. Tandis que les étudiants se rassemblaient aux cris de « Non au 5e mandat! », « Bouteflika dégage! », « Algérie libre et démocratique », les vigiles ont alors cadenassé les grilles pour les empêcher de sortir, ont constaté des journalistes de l’AFP. Quelques affrontements ont alors eu lieu entre des jeunes et les forces de l’ordre près de l’université.

Dans d’autres facultés d’Alger, les étudiants avaient décidé, au contraire, de rester dans l’enceinte universitaire pour éviter la confrontation avec la police, les forces de l’ordre n’ayant pas le droit d’entrer.

En milieu de journée, des groupes d’étudiants d’autres campus algérois ont défilé dans plusieurs quartiers de la capitale avant de se rejoindre jusqu’à former un cortège de plusieurs milliers de personnes, en plein centre-ville, selon une journaliste de l’AFP.

Hors d’Alger, une mobilisation également soutenue
Comme vendredi, la police est restée largement passive, se contentant de canaliser les cortèges. Des policiers ont brièvement usage de gaz lacrymogènes après avoir essuyé quelques jets de pierre, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux. Les manifestants, soutenus par les riverains qui leur offraient des bouteilles d’eau, se sont dispersés dans le calme en fin d’après-midi.

D’autres rassemblements ont été rapportés par des médias locaux ou sur les réseaux sociaux dans l’agglomération algéroise. Hors de la capitale, de multiples manifestations ont été évoquées, via notamment le hashtag « Non au 5e mandat » sur les réseaux sociaux, sans qu’il soit possible de déterminer précisément leur nombre et leur ampleur.

Le site d’information TSA (Tout sur l’Algérie) a fait état de défilés, sur des campus ou dans les rues de Constantine, Béjaïa, Tizi-Ouzou, Sétif, Guelma ou encore à Ouargla. A Oran, deuxième ville d’Algérie, ils étaient « un millier ou plus » sur le campus de l’Université Oran 2, a indiqué à l’AFP Hamza, un étudiant qui a lui-même fini par se joindre aux protestataires.

Le pouvoir appelle à attendre le verdict des urnes
« Pas en mon nom! », était l’un des mots d’ordre de la contestation de mardi, lancée sur les réseaux sociaux après le soutien affiché par 11 associations estudiantines à la candidature d’Abdelaziz Bouteflika. Face à ce mouvement, le directeur de campagne du président sortant, Abdelmalek Sellal, a annoncé que le dossier de candidature du président sortant serait déposé le 3 mars, la date butoir.

Comme le Premier ministre Ahmed Ouyahia la veille, il a fait valoir que le choix devait se faire dans les urnes. Ahmed Ouyahia avait également mis en garde « contre les risques de dérapages sérieux », alors que plusieurs membres du camp présidentiel ont agité ces derniers jours le spectre de la « décennie noire » de guerre civile en Algérie (1992-2002), à laquelle Abdelaziz Bouteflika est largement crédité d’avoir mis fin.

SHARE

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here