Etats-Unis : comment Beto O’Rourke a mis en scène son entrée en campagne

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Star des réseaux sociaux et coqueluche des médias, le Texan Beto O’Rourke s’est lancé jeudi dans la course à la Maison-Blanche, fort d’une communication bien rodée.

Les démocrates tiennent leur 15e candidat. Jeudi, l’étoile montante du parti, Beto O’Rourke, a officialisé sa participation à la primaire. « La seule manière pour nous d’être fidèles aux promesses de l’Amérique est de tout donner pour elle et tout donner pour nous tous », a-t-il lancé dans une vidéo publiée tôt dans la matinée. Assis sur le canapé familial au côté de sa femme, qui n’a pas prononcé un mot ni quitté des yeux son mari, le Texan a donné un ton plus simple à sa communication. La veille, il faisait au contraire la une de Vanity Fair, debout à côté de son pick-up sur la « route vers 2020 ».

« Je veux y être. Je suis vraiment né pour ça », a-t-il déclaré au magazine américain dans un très long portrait entrecoupé de photos signées Annie Leibovitz. La photographe des stars n’a rien oublié : O’Rourke dans la cuisine occupé à préparer des pancakes, dans sa voiture, le regard fixé vers l’horizon, en meeting en train de serrer des mains, jouant de la musique avec ses deux enfants, et en famille pour conclure l’article. Sans oublier Artemis, le labrador noir des O’Rourke, qui partage la une du magazine avec son candidat de maître.

Une passion pour l’improvisation
L’Amérique a découvert sa ressemblance avec Robert Kennedy durant la campagne des sénatoriales, qui l’a propulsé au rang de star nationale. Son parcours s’est pourtant achevé sur une défaite en novembre dernier face à Ted Cruz, le ténor républicain du Texas. Désormais, le jeune démocrate (46 ans) cherche à combiner sa notoriété grandissante et son image de candidat proche des gens. C’est peut-être pour cela qu’avant de publier sa vidéo de candidature jeudi matin, il a fait fuiter l’information auprès d’une télé d’El Paso, sa ville natale.

« De toute évidence, il s’est décidé au dernier moment », analyse Corentin Sellin, professeur agrégé d’histoire et spécialiste des Etats-Unis. « C’est sa marque de fabrique, il aime donner l’impression que tout est improvisé. Il refuse l’idée d’une organisation », poursuit-il. Dans le portrait de Vanity Fair, le nouveau candidat démocrate revient sur un de ses meetings à Houston au début de sa campagne contre Ted Cruz. Il assure qu’il n’avait pas préparé de discours : « Chaque mot semblait s’extraire de moi. Comme, par une force supérieure, celle des gens autour. »

Une campagne sur le charisme et l’énergie
Beto O’Rourke peut difficilement faire campagne sur ses succès politiques. Il a été vaincu lors des midterms en novembre dernier et son expérience à la Chambre des représentants des Etats-Unis, entre 2012 et 2018, n’a pas laissé un souvenir impérissable à ses concitoyens. « Son seul atout, c’est le charisme que lui ont reconnu énormément de médias », abonde Corentin Sellin. Avant sa défaite face à Ted Cruz, le Texan a en effet fait preuve d’une aisance en meeting comme sur les réseaux sociaux qui ont rappelé à bon nombre de démocrates un certain Barack Obama. « Il doit mettre en avant ce charisme, car sans cela, il n’a rien ou presque », poursuit Corentin Sellin.

Presque, car Beto O’Rourke est jeune. Les photos de Vanity Fair, le montrant tantôt en bon père de famille, tantôt au milieu d’une foule en bras de chemise, mettent en lumière son dynamisme. Et face à Bernie Sanders (77 ans) et en attendant que l’ancien vice-président de Barack Obama, Joe Biden (76 ans) ne se déclare, l’âge pourrait être un sérieux atout. « Il peut susciter de l’enthousiasme à la manière d’un Kennedy, d’un Clinton ou d’un Obama. La mythologie de la campagne de porte-à-porte qu’il défend suppose une énergie », explique Corentin Sellin.

Le temps des idées
Mais attention à ne pas se perdre. Dans sa vidéo de lancement de campagne, O’Rourke a balayé toute une série de sujets chers à son camp : la santé, le vivre ensemble, le réchauffement climatique et les guerres « vieilles de plusieurs décennies », auxquelles il veut « mettre fin ». On sait le démocrate plus modéré que Bernie Sanders, mais qu’en est-il vraiment de son projet politique? « A part dire ‘c’est votre campagne’, ‘je suis là pour vous’, que pense O’Rourke? », s’interroge Corentin Sellin. « C’est ce qui a fini par lui coûter, je pense, la victoire contre Ted Cruz en novembre. »

Ce sera tout le défi de sa campagne : transformer l’immense attente suscitée en novembre en un projet politique solide. Son premier grand rendez-vous, a-t-il annoncé, sera le 30 mars pour un meeting de campagne à El Paso, près de la frontière avec le Mexique. Là où le président Trump est déjà venu défendre son mur et sa politique anti-immigration.

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