« Violences policières » contre des Gilets jaunes : le patron de la police répond au colonel de gendarmerie

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Le directeur de la police nationale Eric Morvan a estimé lundi qu’il était « évidemment faux » de qualifier de « violences policières » une intervention des CRS dans un Burger King des Champs-Elysées, début décembre à Paris. Il répond ainsi à un haut-gradé de gendarmerie, qui affirme le contraire dans un documentaire diffusé par BFMTV.

C’est un documentaire qui vient raviver le conflit entre police et gendarmerie. Dans une enquête diffusée lundi soir sur BFMTV, et intitulée Police, au cœur du chaos, un haut-gradé de gendarmerie reconnait des « violences policières » commises lors de l’acte 3 des Gilets jaunes, le 1er décembre dernier, une journée qui avait donné lieu à des scènes d’émeutes à Paris. Mais le patron de la police n’a guère apprécié cette sortie, que le JDD relatait dimanche. Dans un message publié sur Twitter lundi, Eric Morvan conteste : « ‘Violences policières’ suggère un système, sciemment organisé. C’est évidemment faux. »

Pour le directeur général de la police nationale, « s’il y a fautes ou manquements à la déontologie, justice et inspections interviennent et sanctionnent ». L’IGPN, la police des police, avait en effet été alertée au sujet de ces événements. Et le haut-fonctionnaire conclut son message en appelant « certains commentateurs, fussent-ils gendarmes, à respecter le temps des enquêtes ».

Eric Morvan – DGPN
@DGPNEricMorvan
« Violences policières » suggère un système, sciemment organisé. C’est évidemment faux. S’il y a fautes ou manquements à la déontologie, justice & inspections interviennent et sanctionnent.
J’appelle certains commentateurs, fussent-ils gendarmes, à respecter le temps des enquêtes.

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14:01 – 8 avr. 2019
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Le syndicat UNSA-Police regrette un manque de « décence »
Le documentaire de BFMTV revient sur cette scène, dont la vidéo avait déjà fait polémique en décembre : on y voit des CRS rouer de coups des manifestants présents à l’intérieur du Burger King des Champs-Elysées, alors même qu’ils sont déjà au sol. Interrogé au moment où il regarde ces images, le colonel de gendarmerie Michael Di Meo confirme ainsi qu’il s’agit de « violences policières ». « Quand les manifestants parlent de violences policières, quand je vois ça, je suis obligé d’aller dans leur sens », précise ce responsable, qui commandait pour sa part ce jour-là les gendarmes mobiles dans la capitale.

Ce commentaire n’a pas ravi non plus le secrétaire national de l’UNSA-Police, David Michaux. Au Point, le responsable syndical estime que « nos amis de la gendarmerie auraient pu avoir la décence d’attendre la fin de l’enquête avant de nous mettre en cause, surtout de manière aussi directe », et que les propos de ce colonel « ne vont pas arranger les relations entre gendarmes et policiers ».

On aurait, nous aussi, parfois des choses à dire sur le travail de nos collègues

Si David Michaux reconnaît des « images franchement gênantes », qui ne correspondent pas « aux valeurs » défendues par les CRS, il précise aussi que « ces mises en causes passent très mal, d’autant qu’on aurait, nous aussi, parfois des choses à dire sur le travail de nos collègues. Allusion par exemple à l’implication d’un gendarme mobile dans la mort du militant écologiste Rémi Fraisse, en 2014, même si l’agent avait au final bénéficié d’un non-lieu.

209 enquêtes en cours sur des soupçons de violences policières
Le gouvernement avait, de son côté, plusieurs fois rejeté les accusations de violences policières lors des mobilisations des Gilets jaunes. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner s’était notamment dit « sidéré » d’entendre des personnes faire de telles déclarations, estimant par ailleurs n’avoir « jamais vu un membre des forces de l’ordre attaquer un manifestant ».

Le patron de Beauvau a depuis légèrement fait évoluer son discours. Jeudi dernier, il avait fait état de l’existence de 209 enquêtes portant sur des soupçons de violences policières, dont 199 pour l’IGPN. « S’il y a eu des fautes, il y aura des sanctions », avait ainsi assuré le ministre en concédant des « fautes marginales » des forces de l’ordre, dont il a défendu par ailleurs l’action.

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