Les élèves français nuls en maths? Des professeurs en expliquent les raisons

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En France, le niveau des élèves français en mathématiques, plus précisément en calcul, a baissé ces dernières années. Le JDD a interrogé des professeurs sur les raisons de ce décrochage.

Fin mars, une étude de la Depp, l’agence des statistiques du ministère de l’Education, a révélé que le niveau en calcul des élèves de CM2 a baissé entre 2007 et 2017, poursuivant une tendance amorcée trente ans plus tôt. Cette enquête, initiée en 1987, avait déjà fait ressortir une forte baisse des performances des élèves entre 1987 et 1999. La tendance s’était ensuite atténuée entre 1999 et 2007. « Dix ans plus tard, on assiste à une baisse des performances des élèves, moins marquée cependant qu’entre 1987 et 1999 », soulignait l’étude.

Le JDD a interrogé un professeur des écoles et deux professeurs de mathématiques pour avoir leur avis sur la question. S’ils ne se disent pas étonnés de ce résultat, ils pointent des causes multiples.

Gaëtan H., professeur des écoles dans la Nièvre
« Je ne suis pas hyper étonné, même s’il faut toujours être prudent par rapport à ces statistiques, largement interprétables. Mais il est vrai que nous avons une baisse générale globale du niveau, qui plus est en mathématiques ; on est quasiment au même niveau que l’Iran… Vu l’argent qu’on met dans l’Education nationale, il y a des questions à se poser. Notre système a du mal à se remettre en cause, je le reconnais. Sur les classes du début d’élémentaire, un gros focus est fait sur la lecture. On a un peu mis de côté tout ce qui est relatif à la logique mathématique. Le niveau des élèves qui entrent au collège est parfois assez troublant, avec des concepts notamment liés à la numération qui sont très mal installés.

Dans l’enseignement primaire, très peu sont finalement issus de filières scientifiques

Je pense qu’il y a aussi un gros problème au niveau du recrutement. En mathématiques, au niveau de l’agrégation, de nombreux postes ne sont pas pourvus. Les filières scientifiques sont largement délaissées. Dans l’enseignement primaire, si je prends mes collègues, très peu sont finalement issus de filières scientifiques. Il y a même des collègues qui ont une détestation des maths. Forcément, c’est toujours assez compliqué de transmettre des choses dès lors qu’on n’est pas très à l’aise au niveau des acquis.

Dans les Activités pédagogiques complémentaires (APC), l’Education nationale a décidé de beaucoup investir sur la lecture et moins sur les maths. Il y a cette volonté institutionnelle de faire en sorte que les élèves sachent lire rapidement, en oubliant un peu cette connaissance du nombre. Il faudrait faire en sorte que le volume horaire de mathématiques soit plus important. »

Céline D., 38 ans, professeur de mathématiques dans un collège public du Val-de-Marne
« Je vois plusieurs raisons à cette baisse. D’abord, les instituteurs sont souvent issus des filières littéraires, certains n’aiment pas les maths et ne sont pas suffisamment formés pour réussir à transmettre correctement les bases… Ensuite, il y a de moins en moins de ‘vrais’ professeurs de mathématiques. En effet, après un master de mathématiques, il y a bien d’autres métiers plus intéressants (en termes de conditions de travail, de salaire…) qui s’offrent aux étudiants, qui délaissent alors ce métier. Au collège, il y a ainsi de plus en plus de professeurs (surtout en mathématiques) recrutés via Le Bon Coin ou Pôle emploi. Ils sont mis devant les élèves sans aucune formation didactique ou pédagogique…

Les dernières réformes n’ont fait qu’empirer la situation

Et puis, les dernières réformes n’ont fait qu’empirer la situation en voulant donner du sens aux mathématiques, sans enseigner les règles de bases : à savoir connaître et utiliser les quatre opérations de base, travailler régulièrement le calcul mental comme une gymnastique du cerveau… On invente alors de faux problèmes auxquels les élèves réagissent souvent en disant ‘mais on n’a pas besoin de ça dans la vraie vie’ et les mathématiques perdent encore de leur sens. »

David B., 31 ans, professeur de mathématiques dans un collège et lycée privé catholique dans les Bouches-du-Rhône
« Cela ne m’étonne pas tant que ça. Je le constate avec mes collègues. J’ai comparé les sujets du brevet blanc avec les sujets d’il y a 40 ans : c’était niveau seconde, voire un peu plus… Le proviseur adjoint de mon ancien établissement disait que cela était dû au fait qu’on avait envie qu’il y ait de plus en plus de gens avec le brevet, le bac, et qui accèdent aux études supérieures. Donc, on a diminué les exigences.

Nous sommes face à une génération qui ne bosse plus tant que ça

Au début de ma carrière, dans les réformes, il y avait des choses qui étaient enlevées pour pouvoir introduire l’informatique en mathématiques. Aujourd’hui, la nouvelle réforme du lycée tend à renforcer les mathématiques. Le niveau va être relevé ; par contre, ce ne sera plus qu’une spécialité. Je suis professeur principal pour des secondes et j’ai peur que les élèves qui abandonnent les mathématiques, se voient refuser des formations qui sont sur dossier.

La baisse du niveau? Je pense que c’est surtout dû aux élèves. Nous sommes face à une génération qui ne bosse plus tant que ça. C’est parfois aussi vraiment très difficile au niveau de la discipline. Surtout dans des classes à 35 élèves… Evidemment, on peut toujours mieux faire. Les professeurs peuvent se remettre en question, mais je ne suis pas sûr que cela ne viennent que d’eux. »

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