Arrestation de Gaspard Glanz : 3 choses à savoir sur les journalistes et leur carte de presse

2716

Interpellé samedi lors de l’acte 23 des Gilets jaunes, le journaliste Gaspard Glanz sera jugé en octobre et n’a plus le droit de se rendre à Paris les samedis et le 1er mai prochain. A ceux qui voient une entrave à la liberté d’informer, d’autres répondent que le reporter n’avait pas de carte de presse. Mais le statut de journaliste et celui de titulaire de la carte de presse sont deux choses à ne pas confondre.

« A leurs yeux, je ne suis pas journaliste. Là, ma demande de carte de presse, elle part demain matin. » C’est la promesse que s’est faite Gaspard Glanz, lundi à l’issue de sa garde à vue. Ce journaliste avait été interpellé samedi lors de l’acte 23 des Gilets jaunes et est sorti de deux jours de détention avec une convocation pour être jugé le 18 octobre au tribunal de Paris. Il lui est reproché un « outrage sur personne dépositaire de l’autorité publique », l’homme ayant fait un doigt d’honneur à un policier qui venait de le pousser. L’intéressé dit avoir reçu auparavant un tir de grenade lacrymogène.

Surtout, Gaspard Glanz est interdit de paraître à Paris tous les samedis et le 1er mai, à l’occasion des futures mobilisations des Gilets jaunes. Une mesure que le reporter, qui couvre les mouvements sociaux depuis dix ans, a l’intention de ne pas suivre, au nom de sa profession. Sur les réseaux sociaux notamment, le sort du journaliste a suscité des réactions diamétralement opposées, y compris auprès de ses confrères : si certains ont vu dans ce cas une atteinte à la liberté de la presse, d’autres renvoyaient au contraire cet individu à une fonction de militant, proche de l’extrême gauche et du black bloc. Preuve en serait, selon certains, qu’il n’aurait pas cette carte de presse justifiant de ce statut de journaliste.

« Je sais très bien qu’avec cette carte, tout ça n’aurait pas eu lieu », constatait pour sa part devant la presse Gaspard Glanz, tout en réaffirmant son « statut de journaliste ». Il est vrai que ces deux points sont bien distincts. Voici trois choses à savoir pour ne pas nourrir cette confusion.

1 – On peut être journaliste et ne pas avoir la carte de presse
C’est le cas de Gaspard Glanz, journaliste indépendant et engagé qui a fondé son agence Taranis News, spécialisée dans la couverture des mouvements sociaux – ce qui inclut les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. La loi livre ainsi cette définition : « Est journaliste professionnel toute personne qui a pour activité principale, régulière et rétribuée, l’exercice de sa profession dans une ou plusieurs entreprises de presse, publications quotidiennes et périodiques, ou agences de presse et qui en tire le principal de ses ressources. »

Dans ce cadre, la commission de la carte de presse (CCIJP), composée de représentants des éditeurs de journaux et de syndicalistes élus par les journaux, délivre un document « d’identité professionnelle » qui vient notamment faciliter l’exercice de ce métier, via par exemple l’obtention d’accréditations, l’accès à des zones spécifiquement réservées à la presse ou encore à des lieux culturels (expositions, musées…). A charge pour cette commission de s’assurer de la nature journalistique de l’activité des demandeurs, et que celle-ci compte pour plus de la moitié de ses revenus totaux.

Mais la carte n’est aucunement obligatoire à l’exercice de ce métier. Seule une entreprise de presse ne peut employer plus de trois mois des journalistes non-titulaires de ce document, précise la convention collective des journalistes. Un journaliste indépendant peut donc très bien vivre sans carte de presse. Pour ce qui est de Gaspard Glanz, la situation est plus complexe. Auprès de Libération, il précise mardi qu’il travaille sous le statut d’auteur, en facturant ses images à divers médias, ce qui peut être bloquant auprès de la commission de la carte, qui privilégie le statut de salarié.

2 – On peut aussi avoir la carte de presse sans être reporter ou rédacteur
Une personne peut obtenir une carte de presse, la commission ayant constaté la nature journalistique de son activité, sans que son entreprise ne lui accorde ce statut de journaliste – et les avantages salariaux qui peuvent aller avec. La CCIJP, en effet, n’est pas en mesure de s’imposer à l’organisation d’une entreprise. L’attestation de l’employeur ne conditionne d’ailleurs pas l’obtention d’une carte de presse, même s’il s’agit d’un critère important.

En outre, tous les journalistes ne sont pas forcément des reporters ou rédacteurs. Les « assimilés » font l’objet d’un article spécifique dans le Code du travail, mais la CCIJP les reconnaît comme tel et leur accorde une carte de presse : il s’agit des « collaborateurs directs de la rédaction, rédacteurs-traducteurs, sténographes-rédacteurs, rédacteurs-réviseurs, reporters-dessinateurs, reporters-photographe ». La commission en comptait 1.735 sur près de 35.000 sur l’année 2018.

3 – On peut aussi avoir la carte de presse temporairement
C’est enfin un autre point à rappeler : la carte délivrée par la CCIJP est annuelle, du 1er avril au 31 mars. Cela veut dire que l’activité du journaliste détenteur de cette pièce doit se justifier chaque année, pour correspondre ainsi au critère de « régularité » fixée par la loi. Autrement dit : un journaliste peut très bien, une année, ne pas tirer du journalisme la majorité de ses revenus. C’est le cas par exemple pour les auteurs ou les collaborateurs d’un programme audiovisuel qui n’a pas de caractère informatif.

De même, un journaliste changeant d’employeur ou cessant ses activités doit prévenir la commission. A noter qu’un journaliste au chômage peut, lui, conserver sa carte professionnelle au moins deux ans.

SHARE

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here