Notre-Dame de Paris : toit végétalisé, flèche de cristal… les architectes ont déjà des plans

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Plusieurs cabinets d’architectes ont commencé à travailler sur un projet de reconstruction de la toiture et de la flèche de Notre-Dame de Paris. En imaginant, pour certains, une serre botanique ou des « lianes de béton »…

Depuis une semaine, les architectes gambergent sur la future toiture de Notre-Dame de Paris. Mercredi dernier, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé le lancement d’un concours international pour décider du sort de la flèche, dévorée par les flammes lors de l’impressionnant incendie qui a ravagé deux jours plus tôt la charpente de la cathédrale. Depuis, deux camps s’opposent : ceux qui veulent rebâtir à l’identique la célèbre flèche de Viollet-le-Duc, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, et ceux qui imaginent une nouvelle flèche, « un geste contemporain », une expression utilisée par Emmanuel Macron lui-même.

Interrogé par le JDD, Denis Valode et Jean Pistre, les fondateurs de la première agence d’architecture de France, défendent une reconstruction à l’identique : « C’est une icône de neuf siècles que nous avons reçue en héritage et que nous devons réparer puisque nous n’avons pas été capables de la préserver. »

Nouvel contre Wilmotte, duel entre architectes stars
Autre tenant de cette ligne historique, Jean Nouvel, le plus célèbre des architectes français (Institut du monde arabe, Musée du Quai-Branly, Philharmonie, Louvre d’Abou Dhabi…), défendait jeudi dernier dans Le Figaro le « geste fort et signifiant de la flèche de Viollet-le-Duc ». « Elle fait partie des choses intangibles de la cathédrale », expliquait-il.

De nombreux architectes connus ne partagent pas cet avis. Le Français Jean-Michel Wilmotte (Aéroport de Séoul, Stade Allianz Riviera de Nie, Rijksmuseum d’Amsterdam…) multiplie ainsi les interviews pour défendre l’idée de « geste contemporain » évoquée par le chef de l’Etat.

« Au 19e siècle, Viollet-le-Duc ne s’est pas encombré du souvenir de la flèche du 13e siècle », lâche-t-il dans Le Point paru cette semaine, en évoquant « l’usage de matériaux de synthèse comme le carbone ».

Un projet adapté aux dégâts engendrés par l’incendie du 15 avril
Toujours dans Le Point, le Français Martin Robain (cathédrale de Créteil, Campus de Jussieu, Maison de la Radio à Paris…), partisan d’une nouvelle flèche, est plus prudent, appelant d’abord à « un travail préalable de diagnostic des risques et des possibilités d’action ».

Le feu a en effet fragilisé l’ensemble de la structure de pierre de la cathédrale. Aussi, la nef ne pourra sans doute pas soutenir le poids d’une flèche en matériaux lourds.

L’architecte du Mucem, le Marseillais Rudy Ricciotti, proposait dans La Provence vendredi des « lianes de béton de 4 cm de diamètre ». Mais celles-ci nécessiteront-elles le renfort de toute la nef?

Dans une interview au Times, Norman Foster, l’un des architectes britanniques les plus célèbres (Nouveau Reichstag à Berlin, Viaduc de Millau, Millenium Bridge de Londres…), a préconisé pour sa part l’usage du verre.

Le Britannique Ian Ritchie, le créateur du Spire de Dublin de 120 m de haut, a déclaré qu’il participerait au concours et a proposé dans le Sunday Times « un cristal réfractant super-mince reflétant le ciel ».

« Je pense que ce cristal devrait être perforé – au moins 50% d’espace vide pour éliminer les charges dues au vent – et pourrait constituer un magnifique alliage contemporain de cristaux de verre et d’acier inoxydable », a-t-il encore développé dans le quotidien dominical anglais.

Des projets proposés dès le lendemain de l’incendie
L’idée du verre a aussi était promue par l’architecte français Alexandre Chassang, l’un des premiers à avoir proposé, mardi dernier, une ébauche de projet sur Twitter :

Alexandre CHASSANG
@AlexandreCHASS6
#NotreDameCathedralFire Nous n’allons pas reconstruire aujourd’hui par mimétisme l’image du passé .
Ce serait comme exposer une copie de la Joconde au Louvre.
Profitons de ce moment pour ouvrir le débat sur l’action à mener.
L’architecture doit représenter notre époque.

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22:41 – 16 avr. 2019
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Le cabinet des architectes dijonnais Paul Godart et Pierre Roussel a également dégainé un projet dès mercredi, se doutant toutefois qu’il ne serait pas retenu. Ils ont en effet imaginé une toiture vitrée où les touristes pourraient déambuler, profiter ainsi d’une vue imprenable sur toute la capitale

Le studio d’architecture NAB a pour sa part transmis mardi au JDD sa « réflexion » pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris : une serre botanique en lieu et place de la toiture de la cathédrale.

Certains architectes, enfin, préconisent un projet bien plus large, étendu au parvis, voire au quartier de Notre-Dame. « Faisons de cette triste occasion une opportunité unique de revoir de fond en comble l’agencement du parvis qui est un lieu ‘primate’, vraiment pas à la hauteur », explique ainsi Martin Robain.

Dominique Perrault, qui a notamment conçu la Bibliothèque nationale de France, a déjà présenté un projet de rénovation du parvis de la cathédrale en 2015. « Il existe un contraste fort : ce lieu est visité en permanence et il est déserté par les Parisiens, déplore-t-il dans Vanity Fair. L’Île de la cité est une ‘île-monument’. » A l’époque, il proposait un « miroir de verre » géant pour valoriser la cathédrale

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