Avec Léonard de Vinci, la France et l’Italie renouent diplomatiquement après un an de turbulences

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Emmanuel Macron et son homologue italien Sergio Mattarella sont réunis, ce jeudi, pour célébrer le cinquième centenaire de la mort de Léonard de Vinci. Une fête qui a failli être gâchée par les tensions diplomatiques entre Rome et Paris. Retour sur un an de discordes, sur fond d’art, de crise migratoire et de gilets jaunes.

A l’occasion des 500 ans de la mort du génie italien Léonard de Vinci, le président de la République Emmanuel Macron était aux côtés de son homologue italien Sergio Mattarella, jeudi à Amboise (Indre-et-Loire), pour une journée de célébrations. Une rencontre sous le signe de l’apaisement pour les deux pays, après un an de relations diplomatiques tendues. Les commémorations autour de la mort du peintre, né en Italie mais décédé en France, étaient devenues un enjeu diplomatique entre les deux pays.

Après s’être recueillis sur la tombe de l’artiste, située dans le château d’Amboise, les deux présidents se sont rendus au Clos-Lucé, sa dernière demeure, prêtée par son protecteur François 1er. Ils ont terminé cette journée par une visite du château de Chambord, où l’escalier en double hélice est l’œuvre de Vinci. Quelque 500 jeunes italiens et français s’y sont rencontrés autour d’ateliers thématiques, animés par des personnalités de la littérature, de l’astronomie ou encore de l’architecture. Une volonté affichée d’unité qui n’était pas encore gagnée, il y a quelques mois.

Dès juin 2018, des tensions sur le sujet de l’immigration
Entre les deux pays méditerranéens, le courant passe mal dès juin 2018, après l’accession au pouvoir de la coalition Mouvement 5 étoiles (M5S, parti antisystème) – Ligue (parti d’extrême-droite). La France, par la voix du président Emmanuel Macron dénonce un retour du nationalisme. La crise de l’Aquarius vient jeter de l’huile sur le feu. Le refus du ministre de l’Intérieur Matteo Salvini d’accueillir le navire humanitaire, avec 629 migrants à bord, est décrié par le président français qui évoque un « cynisme » et une « irresponsabilité ». Gabriel Attal, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Education nationale et de la jeunesse considère même que « la ligne du gouvernement italien est à vomir ».

Gabriel Attal

@GabrielAttal
#Aquarius : j’ai d’abord une pensée pour les 629 hommes, femmes, enfants qui sont sur ce bateau. Parler de « migrants » est déshumanisant. Ce sont des personnes. Ce que fait le gouvernement italien est immonde. #TDinfos @publicsenat

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10:37 – 12 juin 2018
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Tollé en Italie : l’ambassadeur français à Rome est convoqué par le gouvernement italien, qui menace d’annuler une rencontre entre le président français et le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, prévue quelques jours après. La visite sera maintenue. Une semaine après, Emmanuel Macron évoque « la lèpre qui monte » pour désigner le populisme. Réaction immédiate de Matteo Salvini qui fustige « l’arrogant président Macron », en lui demandant d’accueillir « les milliers de migrants et après on en reparlera ».

Novembre 2018 : la querelle autour de Léonard de Vinci
En novembre, sur le volet culturel, des dissensions commencent également à apparaître. Le 17 novembre, dans le Corriere della Serra, la secrétaire d’Etat italienne à la culture, membre de la Ligue du Nord, Lucia Borgonzoni, remet en question l’accord de prêt entre l’Etat italien et le Louvre à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Leonard de Vinci. Dans ce marché, conclu en 2017, par le ministre de la culture de l’époque, Dario Franceschini (centre-gauche), l’Etat italien devait prêter l’ensemble des œuvres du peintre italien, en état de voyager, au musée du Louvre, pour une rétrospective prévue en octobre prochain. En échange, la France mettait à disposition de Rome, les œuvres du peintre Raphaël, à l’occasion des 500 ans de sa mort, célébrés en 2020. « La France ne peut pas tout avoir », dénonçait pourtant Lucia Borgonzoni, en décrivant les termes « inconcevables » de l’accord. « Léonard est italien, il est seulement mort en France », avait-elle ajouté.

En Italie, la polémique enfle, et certains critiquent le vol des tableaux du peintre par la France, notamment celui de la Joconde, pourtant achetée légalement par François 1er. Léonard de Vinci devient un enjeu de souveraineté nationale. Le 28 février, Franck Riester, ministre de la culture et son homologue italien, Alberto Bonisoli, se rencontrent à Milan pour tenter de trouver une issue. « La culture est un élément de rassemblement des gens », déclarait Franck Riester.

Début 2019 : le soutien aux gilets jaunes qui ne passe pas
Politiquement, les tensions atteignent leur summum au début de l’année 2019. Luigi di Maio, membre du Mouvement 5 étoiles et ministre au sein du gouvernement affiche publiquement son soutien aux gilets jaunes. Il les rencontre même, dans le Loiret, début février.

L’affront de trop pour le gouvernement français qui rappelle son ambassadeur pour quelques jours, une première depuis la Seconde guerre mondiale. L’antagonisme franco-italien devient un argument de campagne électorale, en vue des élections européennes du 26 mai.

En mars, Emmanuel Macron donne une interview à une chaîne de télévision italienne où il revient sur « les péripéties et malentendus » qui ont émaillé l’année. A cette occasion, il invite le président Sergio Mattarella aux célébrations dans les châteaux de la Loire. Ces derniers jours, un compromis est même annoncé sur l’accord de prêt pour l’exposition d’octobre 2019. Les listes des œuvres de Vinci et Raphaël prêtées seraient par ailleurs finalisées. D’enjeu du conflit, Leonard de Vinci, est devenu une chance de retisser les liens.

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