Que s’est-il passé le 1er mai à l’hôpital parisien de La Pitié-Salpêtrière?

4408

L’intrusion de dizaines de personnes dans l’enceinte de l’hôpital parisien de La Pitié-Salpêtrière, mercredi, a été qualifiée d' »attaque » par le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. Plusieurs vidéos et témoignages n’étayent pourtant pas l’idée d’une intrusion violente, si ce n’est volontaire.

Mercredi soir, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner s’est rapidement rendu à l’hôpital parisien de La Pitié-Salpêtrière (aussi appelé hôpital de la Salpêtrière), à Paris, où des dizaines de personnes, en provenance des manifestations du 1er-Mai, ont pénétré en force dans un service de réanimation. « On a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger », a assuré le responsable sur Twitter. Edouard Philippe s’est refusé à parler d' »attaque » quand il a été interrogé jeudi midi sur le sujet.

Le fait d' »entrer dans un hôpital alors qu’on est en train de manifester [est] idiot, et au fond scandaleux. Venir perturber le fonctionnement d’un service public hospitalier de cette façon est totalement irresponsable », a réagi le Premier ministre en marge d’un déplacement à Angoulême (Charente).

Jean-Luc Mélenchon parle d’une « pseudo-attaque »
De même, la ministre de la Santé Agnès Buzyn, si a dénoncé une situation « inqualifiable », a parlé d’une « exaction » et non d’une « attaque » jeudi sur Europe 1.

Jeudi matin sur Sud Radio, la députée Danièle Obono a pour sa part noté « une situation très confuse et moins unilatérale que le gouvernement aimerait le croire ».

« Malheureusement un certain nombre de médias ont eu un manque de recul, je trouve, à relayer tout de suite, y compris des termes très forts, on parle d’attaque d’un hôpital. C’est tellement absurde », a encore souligné cette élue. Jean-Luc Mélenchon a, lui, évoqué sur Twitter une « pseudo attaque » et « un mensonge de Castaner » :

Jean-Luc Mélenchon

@JLMelenchon
Il y a un an : les mensonges de #Benalla. Cette année : le mensonge de Castaner sur la pseudo-attaque de la Pitié-Salpêtrière. La vérité, première victime des hommes de main de Macron.#PitieSalpetriere

2 767
11:10 – 2 mai 2019
Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité
1 636 personnes parlent à ce sujet
Dans cette affaire, les premiers faits ont d’abord été décrit par la direction de l’hôpital, qui a noté des faits de violence et annoncé son intention de porter plainte. Jeudi matin, le parquet de Paris a décidé d’ouvrir une enquête

Y a-t-il eu des « gestes violents et menaçants »?
Alors que forces de l’ordre et « black blocs » s’affrontaient mercredi sur le boulevard de l’Hôpital, attenant à La Pitié-Salpêtrière, la directrice de l’établissement, Marie-Anne Ruder, affirme avoir été informée d’une tentative d’intrusion dans l’établissement peu après 16 heures.

« Je me suis immédiatement rendue sur place, et lorsque je suis arrivée, la grille était forcée, la chaîne avait cédé, et des dizaines de personnes étaient en train d’entrer dans l’enceinte de l’hôpital », a-t-elle témoigné sur France inter.

Parmi les « intrus », des Gilets jaunes et des personnes au visage dissimulé, a-t-elle encore assuré, évoquant des « gestes violents et menaçants » à l’égard du personnel soignant.

Je ne connais pas les motivations de cette intrusion inexplicable

Le directeur général de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, a lui décrit mercredi soir sur BFMTV des images de vidéosurveillance « absolument édifiantes ». On y voit, selon lui, « des infirmières, un interne [qui] s’interposaient (…) et qui tenaient la porte avec toute la force qu’ils pouvaient avoir en criant ‘attention, ici il y a des patients' ».

« Je ne connais pas les motivations de cette intrusion inexplicable », a indiqué Martin Hirsch, qui a annoncé avoir porté plainte. « Je ne les ai pas vus crier à la recherche d’un blessé particulier. Je ne sais pas si c’est une invasion d’hôpital, s’ils fuyaient quelque chose », a-t-il ajouté.

Selon Martin Hirsch, « il n’y a pas eu de dégradations, grâce au sang-froid de l’équipe qui a tenu la porte, et grâce à la police qui est intervenue rapidement ».

Les manifestants voulaient-ils échapper aux gaz lacrymogènes?
Les individus attaquaient ou fuyaient-ils les affrontements de rue? Depuis mercredi soir, plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des manifestants – femmes, hommes, avec ou sans gilets jaunes – stationner dans l’enceinte de la Pitié-Salpêtrière et tout près de l’entrée d’un bâtiment, du côté de l’entrée au numéro 97 du Boulevard de l’hôpital.

Aucun de ces manifestants ne montre de signes visibles d’agressivité. Dans un second temps, on voit des policiers arriver par cette même entrée du numéro 97 et faire ressortir les manifestants vers le boulevard.

Une journaliste de l’AFP a également vu à cet endroit des manifestants se réfugier dans l’enceinte de l’hôpital – le plus de France par sa superficie – pour échapper aux gaz lacrymogènes sur le boulevard de l’Hôpital, avant d’être pourchassés par les forces de l’ordre, et certains interpellés.

Le journaliste indépendant David Dufresne a d’ailleurs relayé plusieurs vidéos, où l’on voit notamment une colonne de CRS qui repousse les manifestants vers l’intérieur de l’enceinte de l’hôpital :

David Dufresne

@davduf
allo @Place_Beauvau – c’est pour un signalement – 746

«J’ai vu ces manifestants à l’entrée de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière qui voulaient se réfugier parce que une colonne de CRS arrivait par le haut du boulevard (…)»

Paris, #1erMai, 16h environ, source courriel

2 281
01:36 – 2 mai 2019
3 343 personnes parlent à ce sujet
Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité
Vidéo intégrée

David Dufresne

@davduf
allo @Place_Beauvau – c’est pour un signalement – 746 (précisions 14)

Nouvelle vidéo #PitieSalpetriere. Présence des motards des BRAV dans la cour.

Paris, #1erMai, source: https://www.facebook.com/groups/277506326438568/permalink/524350261754172/ …

919
12:45 – 2 mai 2019
1 527 personnes parlent à ce sujet
Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité
Dès lors, les « intrus » souhaitaient-ils seulement se réfugier dans un bâtiment, sans prendre conscience qu’ils tentaient de pénétrer dans un service de réanimation.

On comprenait leur détresse mais on ne savait pas leur intention

« Vous arrivez par un portail, vous ne savez pas à quel service vous avez affaire. Comment savoir que c’était une réanimation derrière les portes vitrées?, a témoigné jeudi une aide-soignante du service de réanimation Gwenaëlle Bellocq sur BFMTV. On ne va pas confondre les choses qui se passaient dans la rue et ce qui se passait devant notre réanimation, c’est pas la même chose. »

L’un de ses collègues infirmier, Mickaël, également présent mercredi sur les lieux, a expliqué que la porte « vitrée » par laquelle les manifestants ont tenté de passer est « une issue de secours, qui est à l’arrière [du service de réanimation, NDLR] avec un code de l’autre côté ».

« Est-ce qu’ils voulaient nous agresser? Est-ce qu’ils voulaient juste échapper à quelque chose? On ne savait pas », a-t-il poursuivi, racontant que les personnes criaient « ouvrez la porte » et qu' »aucune » d’entre elles n’avait « le visage masqué, ni cagoulé ». « On comprenait leur détresse mais on ne savait pas leur intention », a-t-il ajouté, décrivant une scène « très courte » et « non-violente ».

Jeudi après-midi, le journaliste David Dufresne a relayé une nouvelle vidéo, d’abord publié sur le compte Facebook d’un Gilet jaune, où l’on voit la scène de la tentative d’intrusion dans le service de réanimation. Ces images ne montrent pas de signe d’agressivité de la part des manifestants qui semblent fuir les forces de l’ordre :

David Dufresne

@davduf
allo @Place_Beauvau – c’est pour un signalement – 746 (précisions 19)

L’instant T, vu depuis le service de réanimation #PitiéSalpêtrière. Manifestants poursuivis par FdO, qui fuient. Pas d’agressivité. Extrait 1/2

SHARE

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here