Ce Lyonnais crée des masques haute couture pour les « inconfinables » du moment

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Dans son atelier-boutique « Rose Carbone », de la rue Romarin à Lyon 1er, Franck Meunier ne crée plus ni robe, ni chemisier. Mais des masques en tissu pour les soignants et tous ceux qui continuent de travailler. Depuis qu’il s’est lancé, il en a distribués 350.

Il n’y a plus ni jour de semaine. Ni dimanche. Tristement, Franck Meunier, 41 ans, n’a jamais travaillé aussi intensément. La tête dans le guidon, penchée sur sa machine à coudre.

Installé à son compte rue Romarin, à Lyon 1er, dans sa boutique atelier « Rose Carbone », ce créateur vit, depuis plusieurs semaines, au rythme de l’épidémie.

L’homme a mis son savoir-faire et son talent au service de ceux qui travaillent en première et deuxième lignes. Il s’est réinventé, a réorienté son métier. Comme certains de ses collègues, il est provisoirement créateur et pourvoyeur de masques pour les personnels soignants et tous les autres « inconfinables » du moment.

LA COLLECTION PRINTEMPS-ÉTÉ ATTENDRA

Le déclic, chez lui, s’est produit bien avant le confinement. Il se souvient : « Un soir, une de mes amies et cliente m’appelle. Elle est chirurgienne et fond en larmes. C’est quelqu’un qui a la tête sur les épaules. L’entendre craquer, ça m’a fait quelque chose. Elle me raconte que l’épidémie va être terrible et que personne n’est préparé. Qu’ils manquent de moyens et de matériels. Qu’ils n’ont même pas de masques… »

La suite lui donne raison : deux jours après cette conversation, les commerces non-essentiels sont fermés. Franck Meunier tire le rideau sur sa boutique « Rose Carbone ». La collection printemps-été attendra.

« Je ne pouvais pas rester à ne rien faire », lâche-t-il. Il récupère auprès d’une amie couturière (qui d’ordinaire crée des robes de mariées) un tutoriel de masque édité par le CHU de Grenoble. Et se met à la tâche.

Deux couches de coton dans un tissage assez serré. Entre les deux, une couche de molleton qui fait office de filtre. Et de l’élastique. Il termine un premier masque. Puis deux. Puis trente à la fin de la journée.

Des masques haute couture taillés dans les tissus destinés à ses robes d’été et ses chemisiers.

« UNE AVENTURE HYPER HUMAINE »

« J’ai commencé à en parler sur les réseaux. Ça a fait boule de neige, une chaîne de solidarité s’est mise en place. Ma coloc, qui est créatrice de petites culottes, s’y est mise aussi. Mon sérigraphe m’apporte de la matière première, des tote-bags pour le coton, des sweats pour le filtre. Une amie dans l’événementiel me donne 50 mètres de molleton… »

Même son apprenti, un jeune migrant originaire de Côte d’Ivoire, reste à ses côtés pour l’aider. « C’est une aventure hyper humaine que l’on est en train de vivre et qui me pousse à continuer. Cela va changer à jamais ma façon de voir les choses. »

Au fil des jours, il reçoit des messages d’encouragement. Des appels à l’aide aussi. En quelques semaines, la demande devient exponentielle. Il fournit les médecins, les soignants, les infirmières libérales, les caissières, les enfants autistes, les auxiliaires de vie à domicile, les aides-soignantes dans les Ehpad, les gens qui travaillent avec les sans-abri…

« On n’est pas une usine. Chaque pièce est faite à la main et prend du temps », explique-t-il. Mais les petits ruisseaux font les grandes rivières : 350 masques ont déjà été distribués. « On ne va pas se mentir. Ce ne sont pas des masques FFP2 mais c’est toujours mieux que rien… »

« L’avenir va être compliqué pour nous, les petits indépendants »

Une opération solidaire qui lui donne le sentiment d’être un maillon d’une chaîne encore plus grande. Le sentiment d’être utile, « d’aider les gens qui nous aident »…

Surtout, c’est un moyen de ne pas penser aux lendemains, très sombres, qui s’annoncent. « Il ne faut pas se faire d’illusions. L’avenir va être compliqué pour nous les petits indépendants. Bien sûr on va bénéficier de report de charges mais il faudra quand même les payer. Avant que l’activité économique reparte, il va falloir du temps ».

Franck Meunier balaie d’une main cette pensée. Il préfère continuer à positiver. A l’image des petits slogans qu’il a sérigraphiés sur certains de ses masques. « Bisous de loin », clame l’un. Un autre : « Sauvez-nous, restez chez vous. »

Tatiana VAZQUEZ, Lyon

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