Notre agriculture, un secteur structurellement vulnérable en cas de crise

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Les agriculteurs, les agricultrices et tout le secteur agricole et alimentaire sont fortement impactés par la crise du Covid-19. En effet, l’exposition aux risques sanitaires liés à la pandémie actuelle, les mesures de confinement et de fermeture des frontières menacent de lourdes conséquences. Par ailleurs, l’économie mondialisée dans laquelle nous sommes, la chute démographique du secteur en font un secteur d’une extrême vulnérabilité face aux aléas et aux crises. La survenue du Covid-19 laisse présager des répercussions durables sur ce secteur d’activité, y compris une fois la pandémie passée. Analyse.

Le résultat d’une dépendance voulue
La population agricole est en déclin depuis de nombreuses années et la tendance à l’agrandissement des fermes se poursuit. En 2016, il ne restait plus que 440 000 exploitations agricoles (contre 495 000 en 2010, soit une baisse de 11 % en 6 ans) d’une surface moyenne de 63 ha (soit +7 ha depuis 2010). En 2016, cela correspond à 564 000 exploitant·es et co-exploitant·es agricoles, 191 000 salarié·es permanents et 149 000 salarié·Es saisonnier·es et/ou temporaires avec une hausse des travailleur·ses saisonnier·es (+3 % depuis 2010). Le secteur agricole dépend donc fortement de la main d’œuvre saisonnière (15,4 % en 2016). Mais la concentration des fermes s’est opérée dans le temps long avec une diminution de 72 % des effectifs en 46 ans et un changement de vocation : de la souveraineté alimentaire à l’exportation.

Tout ceci est le résultat d’une politique agricole et commerciale nationale, européenne et internationale désastreuse que la France insoumise dénonce depuis toujours. La Politique Agricole Commune (PAC), en versant des aides à l’hectare, favorise l’agrandissement des exploitations et incite à la concentration des terres. Depuis les années 1990, tous les systèmes de régulation des prix et des volumes prévus par la PAC ont été supprimés laissant l’agriculture européenne en prise directe avec les marchés agricoles mondiaux. Et cette tendance est aggravée par la signature ou négociation des différents traités de libre-échange au niveau européen : CETA, TAFTA, MERCOSUR, etc.

On risque d’importer plus de produits qu’on en exporte !
Par ailleurs, l’Union européenne subventionne massivement l’exportation jusqu’en 2013 (subvention aux exportateurs et subvention internes), puis de manière indirecte depuis puisque seules les subventions internes sont désormais versées (subventions qui bénéficient également aux produits exportés) et qui ont donc un effet de dumping important.

Au niveau national, depuis les années 1960, l’orientation de la politique agricole est définie dans le cadre d’une cogestion entre le gouvernement et la profession agricole en plus d’être soumise à la concurrence libre et non faussée qui est l’alpha et l’oméga de la politique européenne. Ces connivences entre les pouvoirs publics et le syndicat autoproclamé majoritaire conduisent à une accélération de la concentration de la production agricole et une multiplication des fermes-usines avec pour but de garantir la compétitivité de l’agriculture et sa vocation exportatrice et pour conséquence une diminution massive du nombre d’actifs agricoles. Cette perte d’actifs est de l’ordre de 350 000 en 15 ans (sources INSEE, Agreste, MSA).

Ainsi, l’agriculture française exporte massivement, ce qui rend l’alimentation des Français·es fortement dépendante des importations. En effet, près d’1 fruit ou légume sur 2 consommé en France est importé, tout comme 25 % de la viande de porc ou 34 % de la viande de volaille. On risque même d’importer plus de produits qu’on en exporte, ce qui devrait être le cas à partir de 2023 selon un rapport du Sénat.

Enfin, depuis sa mise en place, le travail détaché a connu une croissance exponentielle pour concerner officiellement plus de 67 000 travailleur·ses en 2017 pour le seul secteur agricole alors qu’en 2016, l’agriculture n’employait que 26 000 travailleur·ses détaché·es. Les principaux pays de provenance de ces travailleurs sont l’Espagne, la Roumanie, la Pologne, la Bulgarie et le Portugal mais ils peuvent également venir du Maghreb ou d’Amérique latine.

Tout ceci positionne l’agriculture française et ses acteurs dans une situation de fragilité structurelle et une vulnérabilité sans précédent face aux aléas climatiques, sanitaires, économiques ou géopolitique. Chacun de ces épisodes que nous avons traversé ces dernières décennies ont mis un peu plus en évidence cette extrême vulnérabilité du secteur, accompagnée d’une aggravation de sa paupérisation. Aujourd’hui, avec le Covid-19, les conséquences à attendre seront sans précédent.

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