Quel « après-coronavirus » pour l’économie mondiale ?

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L’actualité est envahie de nombres, de courbes et de l’angoisse de leurs progressions. Le nombre des personnes contaminées par le coronavirus, le nombre des personnes décédées à cause de cette maladie. Les courbes de propagation du virus, selon l’hypothèse de sa progression « naturelle », ou celle tenant compte des effets du confinement ou d’autres stratégies sanitaires.

Depuis quelques jours, d’autres nombres et d’autres courbes tendent à être également au cœur de l’actualité. L’estimation de la baisse de la croissance mondiale, du PIB, de la baisse d’activité, et de la crise économique qui pointe son nez et qui est même déjà là par bien des aspects, en arrière-plan de la crise sanitaire.

Surtout, la question se pose déjà de l’après-coronavirus, pour l’économie mondiale, et des formes que pourra prendre la reprise d’activités. Beaucoup des dirigeants actuels et des tenants de l’orthodoxie du capitalisme néolibéral, aux commandes dans la plupart des pays du monde aimeraient effacer au plus vite l’épisode et repartir sur les mêmes bases. Après avoir appelé à l’aide la puissance publique en période difficile, s’en détacher et l’affaiblir à nouveau quand tout ira mieux. Mais le choc de la pandémie et de ses conséquences réinterroge de nombreuses certitudes. Il est temps de changer de modèle.

Quelles projections des conséquences économiques ?

La pire crise économique depuis « la Grande Récession » de 1929. Voilà comment le Ministre de l’Économie, Bruno Lemaire, présente la situation pour l’économie mondiale dans les mois à venir.

La situation n’est pas la même pour tous les secteurs d’activité mais une récente étude de l’INSEE montre que c’est le secteur de la construction qui est le plus affecté avec 90% de son activité à l’arrêt. Ensuite, l’industrie dans son ensemble fonctionne à seulement la moitié de ses capacités de production. Au sein de l’industrie, la situation est variable entre l’agroalimentaire qui est peu touché car nécessaire à l’alimentation malgré le confinement et l’industrie automobile qui est quasiment à l’arrêt.

Dans les services, la situation est également très variable : certains, facilement mis en place à distance, sont assez peu touchés. D’autres, comme le tourisme, le transport aérien, l’hôtellerie-restauration ont une baisse d’activité quasi-totale.

Dans le monde, l’ampleur de la crise économique dépendra de deux facteurs pour les pays touchés : la nature des mesures prises pour maitriser l’épidémie et notamment le périmètre et la durée du confinement d’une part ; la dépendance des économies vis-à-vis du commerce international d’autre part.

Et pour les gens, les conséquences de la crise dépendront aussi de ces deux facteurs, mais également de la nature du système de protection sociale de leur pays. En France, le droit au chômage partiel pour les entreprises, bien que très restrictif dans son application décidée par Macron et les allocations chômage, pourtant tellement attaquées ces dernières années et pas plus tard que début 2020, vont permettre de limiter les conséquences sur l’emploi. Une interdiction des licenciements dans cette période aurait été bien préférable.

Mais la situation aux États-Unis est alarmante : en une semaine, plus de 3 millions de personnes se sont inscrites au chômage, alors que les semaines précédentes, ils n’étaient que 300 000 en moyenne. Le taux de chômage va donc, dans beaucoup de pays très fortement augmenter dans les mois à venir, avec pour conséquence une paupérisation de la population déjà précaire.

La crise et sa gestion révèlent les absurdités du néolibéralisme…

L’interdépendance de chacun avec tous et de tous avec tous, que les néolibéraux tentent de gommer derrière le mythe de l’individu seul maître de son destin et du chacun pour soi éclate de nouveau au grand jour. Et face à un tel péril, seules les réponses collectives, et organisées par une puissance publique forte sont efficaces. L’heure des comptes à rendre viendra.

Mais pour l’heure, y compris la gestion de crise en Europe et en particulier en France est guidée par la préoccupation permanente de ne pas trop arrêter l’économie et par la conciliation impossible des fermetures de frontières pour se protéger et de la continuité des approvisionnements nécessaires qui, pour beaucoup, viennent de l’extérieur.

Le grand déménagement du monde – les productions à flux tendu et n’importe où pourvu que ça soit moins cher – est mis à mal par la crise et la propagation d’un virus qui oblige à limiter les échanges. Cette expérience particulière prouve la stupidité de s’en remettre uniquement au marché, de négliger la souveraineté sanitaire et la souveraineté des biens de première nécessité.

Par ailleurs, les dogmes indépassables de l’Union européenne de limitation des déficits et de la dette, responsables des coupes budgétaires qui ont conduit, entre autres, à fragiliser si fortement l’hôpital public que les mesures de confinement s’imposaient pour faire face à l’épidémie, volent en éclats en quelques heures : 750 milliards d’euros mis sur la table par la Banque Centrale Européenne.

Mais contrairement à 2008, ce ne sont pas les marchés financiers qui sont touchés, mais bien l’économie réelle.

…la sortie de crise doit en tirer les leçons

Dès lors, puisque le problème ­sera celui de la relance de l’activité, pour des entreprises qui devront souvent être portées à bout de bras par l’État, c’est le moment de s’interroger sur les bifurcations à effectuer.

Quels secteurs accompagner en priorité ? Le secteur du marché aérien qui ne paye pas d’impôts sur le kérozène et qui est responsable d’une part importante de pollution de l’air ? Si c’est le cas, alors il ne pourra pas s’agir de nationaliser les pertes et de privatiser les profits. Aéroports de Paris doit rester la propriété collective des Français.

Le secteur de l’agroalimentaire d’export, mis à mal par les fermetures de frontière ? Ou bien plutôt les productions locales et bio, en circuits courts, qui permettent quoi qu’il arrive de maintenir un approvisionnement respectueux de l’environnement

Le secteur automobile, sur le même modèle que les dernières années avec construction massive de SUV polluants, ou ré-orientation de la production vers les véhicules électriques ou utilisant d’autres énergies que les énergies carbonées ?

Et concernant la consommation des ménages, à l’arrêt ou quasiment, et à la reprise d’activité, invite-t-on simplement les gens à consommer n’importe quoi n’importe comment du moment que ça relance l’économie ou oriente-t-on la consommation vers les produits respectueux de l’écosystème humain et bénéfiques au bien commun ?

Pour soutenir le mécanisme de l’économie, il faudra aussi augmenter les salaires, notamment de certaines professions parmi les plus mal rémunérées de notre pays, comme les aides-soignantes, les livreurs ou les caissières qui sont aujourd’hui, toujours sur le pont pour permettre aux autres de continuer à vivre confinés et à être accompagnés. Garantir à tous, un revenu décent pour vivre.

Claire Mazin

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