Coronavirus – Quand les banques favorisent le sauvetage des entreprises à celui des ménages

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Ce gouvernement et ses supplétifs, dont le gouverneur de la Banque de France Monsieur Villeroy de Galhau est sans aucun doute l’un des représentants les plus zélés, ont encore démontré toute la nocivité de leur idéologie néolibérale.

Au nom du sacro-saint libéralisme, le gouvernement a réagi avec force pour sauvegarder la confiance dans les affaires et a adopté des mesures d’exception pour les crédits aux entreprises. Rien, en revanche, pour la clientèle de particuliers. Monsieur Le Maire l’affirmait le 18 mars : « Il faut faire le bon diagnostic, l’effort doit porter sur les TPE, les PME et les grandes entreprises. C’est là que se trouvent les vraies difficultés. Pour les ménages, il existe des filets de sécurité importants avec le déplafonnement du dispositif d’activité partielle ».

Et le gouverneur de la Banque de France de lui emboîter le pas le 1er avril en précisant que le pouvoir d’achat des ménages « était préservé », et que par conséquent « si des personnes, en dépit de ces mesures, se retrouvent dans une situation financière difficile, il convient de contacter son conseiller financier pour examen de son cas particulier, et de regarder les modalités prévues par leur contrat de prêt ». Une manière de diffuser l’idée de la responsabilité individuelle des pauvres, seul·es coupables de leur situation, de la même façon que le préfet Lallement juge les personnes en réanimation du fait du Covid-19 seules responsables de leur malheur.

Le gouverneur mime une méconnaissance des chiffres produits par ses propres agents. En 2018, les encours bruts de crédit aux particulier·es représentaient 1 225 milliards (avec une croissance annuelle de 5,9 %), 147 000 dossiers de surendettement ont été déclarés recevables par les commissions de surendettement, 2,44 millions de personnes étaient inscrites au Fichier des incidents de remboursement des crédits aux particulier·es, et 1,04 million au Fichier central des chèques pour incident de paiement.

Non, les salarié·es ne sont pas protégé·es, quand le chômage partiel entraîne nécessairement une baisse de leur salaire et que les conséquences de la crise sanitaire vont accroître le taux de chômage dans les prochains mois. Comment penser que le pouvoir d’achat des ménages est garanti lorsque près de 15 % de la population (soit pas moins de 9,3 millions de personnes) vit sous le seuil de pauvreté et que les banques identifient chaque année 3,5 millions de personnes en situation de fragilité financière ? L’entre-soi de la bourgeoisie l’a totalement déconnecté de la réalité quotidienne de ses concitoyen·nes.

Le libéralisme exclut les mesures sociales si elles ne sont pas favorables au marché. Nos dirigeant·es assument leur idéologie au point d’être aveugles à la réalité sociale et économique à laquelle elle a conduit ! D’autres pays européens ont pourtant su répondre à la détresse sociale que la crise a accentuée et qui est déjà bien visible chez les populations vulnérables. L’Espagne et l’Italie ont déclaré un moratoire sur le remboursement des prêts immobiliers pour les personnes en situation de pauvreté.

Il y a quelques mois, sous la pression de la rue et des associations de consommateur·rices qui avaient révélé les pratiques indignes des banques en matière de frais bancaires, le gouvernement leur avait imposé un accord… timoré et non-contraignant. Promesses bien vite oubliées, car les frais bancaires sont repartis à la hausse en 2020. Nous rappelons que la France insoumise avait proposé, elle, les mesures qui s’imposaient et qui devaient nécessairement passer par la loi pour faire plier les banques !

Ils ont délibérément de choisi de ne pas soulager les plus précaires : moratoire sur le remboursement des prêts contractés par les ménages, gel provisoire de l’échéancier prévu au plan conventionnel de rétablissement, constituent des outils mobilisables. Mais leur préoccupation première consiste à garantir l’intérêt des propriétaires privés du système bancaire.
La crise est gérée de façon d’autant plus injuste que certains groupes financiers bénéficient de subventions publiques exorbitantes.

La France est toujours la championne du monde des dividendes versés à ses actionnaires. Oxfam avait établi que « de 2009 à 2016, sur 100 euros de bénéfices, les entreprises du CAC 40 ont en moyenne reversé 67,4 euros de dividendes aux actionnaires » pour un montant cumulé sur la période de 407 milliards d’euros, soit en moyenne 58 milliards d’euros versés chaque année.

Alors non, le non versement de dividendes n’a rien à voir avec la solidarité nationale, c’est encore une fois de l’affichage politique ! Au lieu de réfléchir réellement au coût du capital, ils fustigent le prix du travail adoptent des mesures d’exception qui remettent en cause les droits sociaux pour une période indéterminée en contradiction flagrante avec les principes sociaux européens. Au lieu de limiter la spéculation, ils l’encouragent en réformant la fiscalité du capital et l’épargne retraite, en baissant les taux d’intérêts de l’épargne réglementée et en réformant les retraites publiques au détriment de la justice sociale et de la stabilité financière. Au lieu de renforcer les exigences prudentielles applicables aux banques ils leur offrent un report d’une année supplémentaire de la mise en œuvre des accords de Bâle III et assouplissent encore la politique monétaire. Cette politique est une fuite en avant ! Le déséquilibre structurel du capitalisme ne sera pas résolu. Pour ne prendre qu’un exemple : la Banque centrale européenne a récemment appelé les banques à la modération sur les bonus. Cette injonction révèle d’abord les insuffisances de la réglementation à limiter la spéculation et les prises de risques inconsidérées, la part variable de la rémunération demeurant principalement indexée sur des objectifs de chiffres d’affaire. Elle révèle ensuite une certaine forme de malhonnêteté à ne viser que les banques alors que les autres institutions financières ne sont pas régulées et versent souvent des bonus exorbitants à leurs opérateurs de marchés et aux membres de l’exécutifs !

Il y a quelques semaines, le gouvernement a acté la création du nouveau pôle public bancaire destiné à « mettre les compétences combinées de la Banque Postale, de la CDC, de BPI France et de CNP Assurances au service de la réduction des fractures territoriales, du financement de notre économie et des grands projets de services publics ». Aujourd’hui la CGT interroge à raison son utilité. Sa mobilisation aurait dû être immédiate et servir à proposer un autre modèle de banque et d’assurance, mais ce pôle n’a de public que la majorité de son capital…

Article rédigé par le groupe thématique « Banques » de La France insoumise. Vous aussi, rejoignez un groupe thématique.

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