Affaire Mediapro : le football français sacrifié à la finance

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Le football français est en ébullition depuis la demande de Mediapro, principal détenteur des droits TV du championnat de France, de reporter le versement de 172 millions d’euros qu’il doit à la Ligue de Football Professionnel (LFP). Il s’agit d’une partie de la somme que le groupe sino-espagnol devait verser dans le cadre du paiement des droits de diffusion pour la période 2021-2024. Une vente record conclue en 2018 pour un montant de 814 millions par an.

Cette situation pourrait mener vers la faillite de nombreux clubs professionnels au budget déjà fragilisé par la situation actuelle. En 2017-2018, les revenus des droits TV représentaient 46,7% en moyenne des recettes des clubs de première division. La LFP a dû opter pour un emprunt colossal de 120 millions d’euros pour combler le déficit annoncé. Mediapro n’étant pas décidé à payer malgré une mise en demeure, il va falloir trouver d’autres diffuseurs.

L’affaire Mediapro est symptomatique des effets néfastes de cette course pour vendre toujours plus cher les droits sportifs et en particulier ceux du football. La Ligue de Football Professionnel avait été alertée des faiblesses économiques de l’acquéreur des droits. Mais, trop heureuse de pouvoir vendre à prix d’or le football français, elle a préféré fermer les yeux. Et, aujourd’hui, c’est tout le football français qui est en danger, victime d’un marché totalement dérégulé.

Les fans sont aussi impactés par ce modèle économique. Les prix croissants des droits de diffusion des compétitions sportives empêchent les chaînes publiques de se positionner sur les contenus de premier choix. Le spectateur devient un consommateur, qui doit débourser 20, 30 ou 50€ pour visionner du sport. L’exemple de la chaîne Téléfoot, lancée par Mediapro pour diffuser ses matchs est flagrant. 25€ par abonnement pour visionner une partie de la L1 ainsi que la L2. Résultat ? Téléfoot ne compte que 275 000 abonnés sur les 3,5 millions d’abonnements recherchés initialement.

Pour le plus grand nombre, accéder gratuitement à une compétition deviendra bientôt une exception. La dimension populaire du sport disparaît progressivement, victime des privatisations progressives des droits de diffusion. Surtout que les GAFA lorgnent déjà sur ces droits. Un exemple ? Roland Garros, dont les principales rencontres du soir seront désormais diffusées en exclusivité sur Amazon, privant ainsi des millions de téléspectateurs d’un accès gratuit à ce tournoi.

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