Détournement de fonds publics

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C’est pas la crise pour tout le monde ! Comme toujours, certains profitent de la crise (commerce en ligne, livraison de repas, groupe de santé privés…). La taxation de leurs revenus exceptionnels est indispensable de même que le rétablissement de l’impôt sur la fortune pour les particuliers.

Le monde de la finance, lui, ramasse le pactole, que ce soit la crise ou pas. Tout est bon pour s’enrichir : les taux d’intérêts bas de la BCE, les délocalisations au nom de la crise, et bien sûr le versement de dividendes. Le père Noël des marchés n’oublie jamais leurs petits souliers.

Le Monde titrait ainsi récemment « la France frappée par la vague des licenciements » alors que « la crise n’a pas fermé le robinet des dividendes ». Le journal compte au moins 35 664 destructions d’emplois annoncées depuis septembre (Essilor, Nestlé, Décathlon, Renault, Auchan, Airbus, Disneyland…). L’année 2021 puis la fin des prêts garantis par l’État aux entreprises en 2022 vont provoquer un effondrement économique avec la faillite de milliers d’entreprises.

Aucune condition n’étant exigée par le gouvernement, de nombreux groupes servent des dividendes alors qu’ils suppriment des emplois ou bénéficient du soutien public (prêts garantis par l’État, chômage partiel…) comme Carrefour ou Danone. Un rapport de l’Observatoire des multinationales pointe que « 100% des multinationales du CAC40 ont touché des aides publiques liées au Covid-19. Souvent plusieurs. Y compris les 26 d’entre elles qui ont versé un généreux dividende à leurs actionnaires en 2020. Sur ces 26 multinationales, 14 ont même profité du chômage partiel, payé sur fonds publics, pour rémunérer leurs salariés. » La moindre des choses serait d’interdire tout dividende en cas de recours à ces mécanismes publics. Certains groupes appliquent cette règle mais « l’autorégulation » du capital montre encore une fois son caractère illusoire. C’est la loi qui doit y obliger.

La gabegie des aides publiques explose. M. Macron vient encore de décider un nouveau cadeau de 10 milliards d’euros de baisse des « impôts de production ». Etat et collectivités locales arrosent une kyrielle d’entreprises sans aucune garantie pour l’emploi, aucune contrepartie sociale ou écologique, aucun contrôle fiscal, aucun droit de regard des salariés sur l’usage de cet argent public bien souvent dilapidé. Les montants sont astronomiques. Les aides publiques aux entreprises privées sont ainsi passées de 65 milliards d’euros avant la crise de 2008 à 150 milliards avant la crise du Covid. La pandémie a de toute évidence encore fait exploser ces chiffres. Un véritable détournement de fonds publics orchestré par ceux-là mêmes qui donnent des leçons de gestion « raisonnable » !

Le tsunami social et la dévastation industrielle se répandent. Tout sera à reconstruire. Planification écologique, investissement public, pouvoirs des salariés, définanciarisation, protectionnisme, souveraineté industrielle seront autant de maîtres mots. Il est temps que la finance apprenne que le père Noël n’existe pas.

Matthias Tavel

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