EDF : Macron et Bruxelles assassinent EDF et climat

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Alerte ! Le démantèlement d’EDF est dans les cartons du gouvernement. Certes, la date officielle et les modalités exactes sont pour l’heure toujours en suspens, mais le projet se précise. Il a un temps été envisagé que le gouvernement profite du projet de loi transposant – en élaguant largement – les propositions de la convention citoyenne pour le climat pour intégrer cette réforme. Cela semble avoir été abandonné… pour le moment. Rien ne dit que ce projet, toujours en négociation entre la France et la commission européenne, ne revienne par la fenêtre sous la forme d’amendements.

De quoi s’agit-il ? Nommé « Projet Hercule » par la direction d’EDF, le plan actuellement en négociation vise à éclater l’entreprise en trois entités. Il s’agirait de créer EDF bleu, comprenant le parc nucléaire (c’est-à-dire les 56 réacteurs répartis sur 18 sites), EDF vert, regroupant les énergies renouvelables et la distribution, et EDF azur, les barrages. Les salariés du secteur de l’énergie sont d’ores et déjà mobilisés contre ce projet : après plusieurs journées de grève à la fin de l’année 2020, une nouvelle mobilisation est annoncée pour le 28 janvier.

En fait, ce découpage serait nuisible à la fois pour les consommateurs et face à l’urgence écologique. Loin de correspondre aux attentes des citoyens, il découle en réalité directement des injonctions de la Commission européenne.

Retour en arrière. En 1996 est adoptée une première directive européenne sur l’électricité. En 1998 est adoptée une directive européenne sur le gaz. L’objectif affiché de ces textes est d’offrir la liberté pour chacun de choisir son fournisseur d’énergie et la liberté pour les producteurs de s’établir partout en Europe. Une ambition qui s’inscrit dans la lignée du dogmatisme libre-échangiste portée par la commission européenne. L’institution supranationale, ses dirigeants et ses partisans croient dur comme fer en la concurrence et ses vertus. Main dans la main, technocrates bruxellois et gouvernements libéraux ont imposé ces dernières décennies le démantèlement de multiples services publics, du rail aux télécommunications, partout dans l’Union européenne. Tous ces domaines d’activité sont ce qu’on appelle des monopoles naturels. Cela signifie que les coûts de productions du bien ou du service – fournir l’électricité, transporter la population et les marchandises sur les rails, par exemple – sont beaucoup plus élevés quand ils sont réalisés par plusieurs entreprises dans un contexte de concurrence que par un monopole.

Tel est le cas de la production et de l’acheminement de l’électricité. Ainsi, l’ouverture d’une centrale nucléaire n’est pas aussi accessible à tout un chacun que celle d’une boulangerie ou d’un salon de coiffure. De même, il serait absurde que des fils électriques concurrents soient posés par différentes entreprises au même endroit. Il est donc bien naturel que le service de production et d’acheminement d’électricité soit géré par une seule entité à l’échelle d’un État.

Cette logique évidente n’a pas suffi à arrêter les fanatiques de la concurrence et du libre-marché. C’est ainsi qu’a été inventé une nouvelle intermédiation, la fourniture d’électricité, qui consiste à acheter virtuellement de l’électricité sur le marché et à faire signer des contrats à des clients pour leur vendre. Ils ont ainsi, avec la transposition dans le droit français des directives européennes, permis à chacun de choisir son fournisseur d’électricité en juillet 2007 et mis en place en décembre 2010 l’absurde dispositif de l’ARENH (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique). Ce dernier force EDF à vendre un quart de l’énergie nucléaire produite en dessous du prix coûtant à des entreprises fournisseuses d’énergie, afin qu’elle puisse en faire bénéficier de potentiels clients à des tarifs avantageux. Ainsi, derrière la prétendue ouverture à la concurrence et liberté de choix pour le consommateur se cache en réalité la création artificielle d’une concurrence et le soutien à des entreprises dont l’utilité est nulle. L’arrivée de ces entreprises n’opère en effet aucun changement quant à la production et à la distribution d’électricité, puisque l’électricité et les réseaux sont les mêmes. La seule nouveauté est l’apparition de nouveaux acteurs, « Engie », « Direct Énergie » et autres dont l’activité se limite à des démarchages abusifs, comme l’ont régulièrement denoncé le Médiateur de l’énergie et des associations de consommateurs.

La baisse de prix attendue, argument phare des bigots de la concurrence, n’a pas eu lieu : les tarifs ont augmenté de 60 à 70 % depuis l’ouverture à la concurrence en 2007. A cela s’ajoute à l’avenir la fin annoncée des tarifs réglementés pour les particuliers (déjà effectifs pour les entreprises). Ces tarifs ont d’ores et déjà été vidés de leur sens : ils ne doivent plus servir aujourd’hui à couvrir les coûts de production mais à permettre la concurrence. « Ce n’est plus la concurrence qui doit faire baisser les prix, mais bien les prix qui doivent augmenter pour laisser une place aux concurrents » résume le syndicat Sud Énergie dans un décryptage intitulé « Le scandale du marché de l’Électricité et d’Hercule » publié en décembre 2020. Il apparaît évident qu’un acteur unique est indispensable pour gérer l’électricité de la production à la prise électrique de chaque citoyen. Or c’est exactement l’inverse qu’Emmanuel Macron et la Commission européenne mettent en place avec le projet Hercule.

Au-delà de la question de prix apparaît la question majeure de l’urgence écologique. Avec le projet Hercule, seul EDF Bleu – le nucléaire – resterait public, le reste passant dans le giron du privé. Ainsi, tout le reste de la filière serait gérée par des acteurs privés cherchant la rentabilité immédiate de leur entreprise. Or, la transformation radicale du secteur de l’énergie nécessite de multiples investissements dans les énergies renouvelables qui sont sans intérêt dans une optique de rentabilité immédiate : recherche, formation, développement de la production en France afin d’éviter de recourir à l’importation de composants fabriqués à l’autre bout du monde, etc. La nécessaire adaptation au changement climatique, par l’enfouissement de lignes électriques vulnérables du fait de la recrudescence des événements météorologiques violents par exemple, nécessite également des investissements conséquents.

La planification de la bifurcation écologique ne peut ainsi qu’être gérée par une entité publique, soumise à des directives politiques ambitieuses. C’est l’inverse qui se produit, avec la dislocation du secteur public de l’énergie en de multiples entités privées, rendant particulièrement coûteuse, voire impossible, la coordination des acteurs dans une telle optique. Pire encore, le projet Hercule achève la transformation de l’État en lobbyiste du nucléaire plutôt qu’en décideur politique. A l’opposé du dogmatisme de Macron et de Bruxelles, la proposition de créer un pôle public de l’énergie portée par le programme l’Avenir en commun apparaît nettement plus à la hauteur des enjeux de notre siècle.

Côme Delanery

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