Rentrée scolaire : le chaos une fois de plus !

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Depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, les rentrées scolaires se succèdent et se ressemblent. Cette année encore, 43 400 élèves supplémentaires sont attendus au collège et au lycée alors que 1800 postes d’enseignants sont supprimés malgré la crise sanitaire.

Aucune leçon n’a été tirée de l’an passé

Les inégalités se sont creusées entre élèves : dans certains départements, des classes ont été fermées plus longtemps à cause d’une circulation plus importante du virus mais aussi de moyens de remplacement très insuffisants. Certains lycées ont mis en place dès le mois de novembre des demi-groupes et une rotation des élèves, tandis que d’autres ont fait le choix de maintenir tant qu’ils le pouvaient des apprentissages en présentiel, au mépris de la protection des élèves, des personnels et de leurs familles. Ainsi, des lycées privés ont utilisé l’argument du 100 % en présentiel pour mettre en avant leurs élèves lors de la procédure de sélection de Parcoursup.

De plus, Jean-Michel Blanquer a profité de cette année chaotique pour annoncer une nouvelle étape dans la destruction du bac national : les 40% de contrôle continu composant le bac ne seront plus issus d’épreuves communes (banque de sujets communs à tous les candidats pendant des périodes définies nationalement) mais ils correspondront aux notes délivrées par les enseignants tout au long de l’année. C’est l’instauration d’un bac toujours plus local dont la valeur dépendra de la réputation de l’établissement d’origine.

Impossible d’anticiper la rentrée scolaire 

Le nouveau protocole sanitaire a été publié le 28 juillet sans concertation avec les organisations syndicales des personnels de l’Éducation nationale, les associations de parents d’élèves, les lycéens ni les élus des collectivités territoriales. Quatre « niveaux de protocole » (vert, jaune, orange, rouge) s’appliqueront en fonction de la gravité de la situation sanitaire… sans indication sur les conditions de passage d’un niveau à l’autre, laissant place à l’arbitraire.

Dédaignant les acteurs du service public de l’éducation, Jean-Michel Blanquer a annoncé ses mesures dans un article du Journal du dimanche du 22 août, réservé aux abonnés et donc payant ! Il a indiqué que le niveau 2 (jaune) du protocole sera appliqué à partir du 2 septembre sur l’ensemble du territoire, et ce malgré des taux d’incidence 8 fois plus élevés dans certains départements… Ce niveau 2 est de plus moins protecteur que celui de juin dernier, car les lycées appliquaient une demi-jauge et un roulement des groupes d’élèves, alors même que le virus circulait beaucoup moins. Il est pourtant mis en œuvre sur l’île de la Réunion depuis le 16 août, bien qu’un confinement partiel et un couvre-feu y soient en vigueur. D’ailleurs, en Polynésie française, tous les établissements scolaires ont fermé le 23 août, deux semaines seulement après la rentrée car les cas de covid se sont multipliés parmi les élèves et les personnels.

Un ministre sourd aux alertes

Les interpellations de médecins, de parents et d’organisations syndicales se succèdent devant la faiblesse des mesures prévues face au variant Delta qui touche davantage les jeunes. Comment comprendre que la distanciation physique minimum entre deux personnes ne soit pas appliquée dans les établissements scolaires ? Pourquoi la prévention de la transmission par aérosols est-elle toujours aussi faible ? Les cinq minutes d’aération par heure sont largement insuffisantes. L’utilisation de capteurs de CO2 est recommandée sans être obligatoire, mais ils restent à la charge des collectivités locales. Dans l’interview au JDD, le ministre affirme vouloir les généraliser, évoque des aides, sans jamais préciser les moyens débloqués.

Quant aux purificateurs d’air dont il reconnait pourtant l’utilité quand l’aération est impossible, ils ne sont même pas mentionnés dans le protocole, alors que d’autres pays ont choisi d’investir massivement afin d’équiper les salles de classes. Les élèves et personnels ne seront donc pas tous égaux face au virus : leur protection dépendra des moyens des communes, départements ou régions où ils résident.

L’organisation d’une campagne vaccinale dans les établissements scolaires laisse sceptique après l’échec de la campagne de tests de dépistage. Le 3 mai 2021, Jean Castex lançait un objectif de 600 000 tests salivaires par semaine dans les écoles primaires mais ils ne dépasseront en réalité jamais les 350 000 tests réalisés. Le ministre a répété fin août les mêmes éléments de langage, entretenant la confusion entre le nombre de tests proposés et celui des tests effectués. Alors que d’autres pays fournissent deux tests par semaine aux familles, pourquoi ne sommes-nous pas en mesure de faire de même ?

Les élèves non vaccinés évincés ?

Enfin, ce protocole organise un tri des élèves en fonction de leur statut vaccinal. Les élèves sans vaccination complète au collège et lycée seront « évincés » (c’est le terme employé par le ministre en juillet) pendant sept jours lorsqu’ils sont cas contact, et pour eux les apprentissages s’effectueront uniquement à distance. Afin de respecter le secret médical, l’éviction ou non d’un élève s’effectuera sur la base d’une simple attestation rédigée par les parents.

D’autre part, les conditions de participation des élèves non vaccinés aux sorties scolaires, dans les lieux où le passe sanitaire est obligatoire, ne sont toujours pas arrêtées : le passe sera bien exigé si le créneau n’est pas réservé aux scolaires (par exemple dans les musées), mais l’obligation de présenter un test négatif devenu payant entre en contradiction avec le principe de gratuité de l’école.

Les personnels craignent un regain de tension avec les parents d’élèves, certains envisageant déjà de contester la légalité de ces mesures.

L’éducation prioritaire en danger

Cette année enfin marque un tournant de la politique de l’éducation prioritaire. Trois académies, Aix-Marseille, Lille, Nantes, expérimentent un nouveau dispositif à la rentrée 2021, avant son élargissement l’année suivante. La logique de zonage est abandonnée au profit d’une logique de contractualisation:cela signifie qu’un établissement situé dans un quartier populaire sans mixité ne bénéficiera plus automatiquement de moyens d’enseignement supplémentaires. Tout juste pourra-t-il signer un contrat comprenant une clause de revoyure pour le prolonger « si besoin », laissant présager des arbitrages locaux qui ne garantiront pas une égalité de traitement entre établissements. L’enseignement privé sous contrat pourra lui aussi bénéficier de ce nouveau dispositif, captant ainsi les financements de l’éducation prioritaire.

Manque de visibilité sur les modalités d’accueil dans les établissements scolaires, aucune concertation, aucun engagement financier pour assurer une même protection entre élèves et professeurs face au COVID sur tout le territoire. Toutes les conditions sont réunies pour que la défiance soit maximale à la rentrée… une fois de plus.

Béatrice Pinat

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