La politique des apparences

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Thomas Hobbes, auteur de Léviathan en 1651, a pensé la forme moderne de l’État comme une « personne civile » par référence aux masques des acteurs qui se nommaient persona en latin. On peut alors lire bien des gestes politiques comme autant de simulacres où les représentants s’attribuent la parole d’un peuple toujours absent car tenu comme simple spectateur, quitte parfois à se jouer de lui. Ainsi en est-il de la comédie orchestrée par Emmanuel Macron donnant le dernier acte de la crise des sous-marins australiens : en recevant le président américain à l’ambassade de France au Vatican, il veut mettre en scène la venue de l’Amérique à la France, masquant le fait que le Président nord-américain se déplaçait d’abord pour rencontrer le Pape. Cette réconciliation après avoir montré les muscles ne change rien : le marché des sous-marins reste perdu et les États-Unis demandent toujours que la défense européenne prenne sa place dans les stratégies de l’OTAN.

Quelle affiche que la congruence des G20 et de la COP26 ! Et pourtant ces deux réunions ne vont pas changer grand-chose. Que peut-on attendre de réunions internationales lorsque l’une des principales puissances mondiales, la Chine, en est pratiquement absente ? Les jeux de couloir de la diplomatie simulent une activité intense, mais les enjeux essentiels restent ignorés. Tant que la mondialisation capitaliste repose sur un marché mondial fou, fixe le prix du lait des vaches de la Creuse en Nouvelle-Zélande (où les montants des subventions publiques aux énergies carbonées dépassent l’aide publique au développement) rien ne changera. Les grands de ce monde s’affichent dans les sommets, prennent la photo de fin de représentation jusqu’à la fois prochaine. Alors que crises écologique et sociale s’entretiennent, ceux qui ressentent durement les fins de mois et s’inquiètent pour la fin du monde voient que les profits de Total ont été multipliés par 23 cette année.

Comme la cinquième République qui accapare la souveraineté du peuple – pourtant principe constitutionnel – par des institutions monarchiques à Paris et féodales dans les collectivités territoriales, les instances internationales se jouent entre les seuls exécutifs. Contre ceux pour qui le peuple est un problème et qui ne voient que de la démagogie dans les revendications de plus grande justice sociale ou internationale, le peuple reste la solution. En France seule une transformation radicale des pouvoirs pourra donner l’impulsion aux profondes transformations sociales et économiques nécessaire à la transition écologique et démocratique dont nous avons besoin. Sur la scène internationale, assez de ces pantomimes jouées par les puissants : la société civile, les citoyen.ne.s du monde doivent l’emporter sur les pingouins endimanchés qui, eux, dansent quand la maison brûle. L’organisation d’un sommet alternatif à Glasgow par Jeremy Corbyn donne à voir encore une fois que seule la mobilisation populaire peut répondre à la puissance des intérêts du marché.

Benoît Schneckenburger

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