Arguments : Le vrai-faux du nucléaire

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Le nucléaire, c’est l’indépendance de la France !

Faux. En effet, il n’y a pas d’uranium en France. Nous l’importons principalement du Niger et du Kazakhstan.

Le nucléaire c’est la garantie d’une production d’énergie stable

Faux. Le parc nucléaire est vieillissant. Les anomalies et les besoins de maintenance se multiplient. Résultat, sous l’effet conjugué du calendrier de maintenance perturbé par le Covid-19 et de la sécheresse, la moitié des réacteurs étaient à l’arrêt au cours du mois de septembre 2020. Certains accusent les renouvelables d’être « intermittentes ». Ce terme n’est pas approprié. On parle plutôt de « variabilité ». Mais celle-ci est prévisible : le soleil se lève et se couche à une heure prévue, la force du vent peut se calculer à l’avance. Pour soutenir les pics de consommation ou stocker l’excédent, on peut aussi produire du gaz vert comme l’hydrogène.

Le nucléaire est une énergie peu émettrice de gaz à effet de serre

Vrai. Mais il n’est pas le seul. L’Ademe et le GIEC ont calculé le taux d’émission de CO2 par kilowattheure à partir du cycle de vie complet des énergies. Oui, le nucléaire émet peu de gaz à effet de serre : entre 6 et 12 grammes eq CO2/kWh selon les études. Mais d’autres énergies émettent elles aussi très peu. C’est le cas de l’éolien offshore (9 grammes eq CO2/kWh) ou encore de l’hydroélectrique (10 grammes eq CO2/kWh). La différence, c’est le danger !

Le nucléaire, c’est sûr et sans danger !

Faux. En France, une centaine d’anomalies sont recensées chaque année et deux accidents de niveau 4 sur 7 se sont produits à la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux. C’était en 1969 et en 1980. Lors de la tempête de 1999, la centrale du Blayais près de Bordeaux a été inondée. Sans oublier Tchernobyl en 1986 ou encore Fukushima en 2011. La logique capitaliste d’abaissement permanent des coûts favorise le risque. EDF sous-traite ainsi 80% de la maintenance sur ses installations nucléaires. 40 millions de français vivent à moins de 100km d’une centrale, c’est-à-dire la zone d’impact radiologique de Fukushima. 1% de risque fera 100% de dégâts.

Le nucléaire n’est pas concerné par les conséquences du réchauffement climatique

Faux. Nous sommes sur la trajectoire d’un réchauffement global de +2,7°C. Cela va entraîner une grande perturbation du cycle de l’eau dont le nucléaire est très dépendant pour son refroidissement. Selon l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, une vingtaine de réacteurs sont exposés à un risque d’inondation. Dans un avenir proche, il faut s’attendre à des pics de chaleurs à 50°c et une baisse du débit des fleuves. Le rapport RTE paru en octobre 2021 averti : « Les centrales nucléaires existantes situées en bord de fleuve seront plus régulièrement affectées par des périodes de forte chaleur et de sécheresse. »

Le nucléaire nous garantit une énergie peu chère

Faux. Le grand carénage pour prolonger la vie des centrales doit coûter près de 100 milliards d’euros selon la Cour des comptes. Le démantèlement et la gestion des déchets sont évalués au bas mot à 80 milliards d’euros. D’autant que le parc vieillissant va coûter de plus en plus cher à entretenir. Résultat, le prix actuel de l’électricité nucléaire est déjà deux fois plus important que celui de l’énergie hydraulique et équivalent à celui de l’éolien et du photovoltaïque. Si jamais l’EPR de Flamanville voit le jour, son électricité coûtera 3 fois plus cher que celle produite par des renouvelables.

Les déchets nucléaires ne sont pas un problème

Faux. La France stocke l’équivalent de 400 piscines olympiques de déchets qu’il faudra surveiller pendant des siècles. Or, les capacités de stockage arrivent à saturation plus rapidement que prévu. Le projet CIGEO français est celui d’un stockage à grande profondeur des déchets les plus radioactifs. Mais les opposants dénoncent de nombreux risques : incendies, infiltrations d’eau. Six pays étudiés par Greenpeace ont dû renoncer à cette option à cause des risques ou bien ne sont pas encore parvenu à une solution satisfaisante. Envoyer les déchets nucléaires français en Sibérie n’enterre pas non plus le problème.

Sortir du nucléaire va faire disparaître beaucoup d’emplois

Faux. Des milliers de travailleurs hautement qualifiés participent au fonctionnement du parc nucléaire. Nous ne fermerons pas toutes les centrales en un claquement de doigt. Nous avons donc besoin qu’ils continuent d’assurer la sécurité et la sûreté des installations. Nous avons également besoin d’eux pour démanteler les centrales et déployer les énergies renouvelables. Selon l’Ademe 900 000 emplois seront créés par la transition énergétique.

Mais bien sûr qu’on peut garder le nucléaire tout en développant les renouvelables

Faux. En matière de renouvelables, la France est à la traîne : sur 5000 éoliennes offshore en Europe, 1 seule française et c’est un prototype. Ce n’est pas un hasard. Pour l’heure, la recherche nucléaire capte 6 fois plus d’argent public que les renouvelables. Tout argent investi dans le nucléaire l’est au détriment des énergies renouvelables.

Bientôt, il y a aura des technologies nucléaires encore plus sûres et plus au point

Faux. Macron projette de construire 6 réacteurs EPR nouvelle génération et une multitude de mini-réacteurs. Faut-il rappeler le fiasco de l’EPR de Flamanville ? Le chantier a été lancé en 2006 mais l’EPR n’est toujours pas fonctionnel. A cause d’une série de malfaçons, il aura plus de 10 ans de retard et a déjà coûté 6 fois plus cher que prévu (20 milliards d’euros). Les mini-réacteurs ne seront pas au point avant 2035 et la première paire de réacteur EPR nouvelle génération ne pourra pas être mise en service avant 2040. Que de temps perdu !

Macron a tenu ses promesses de baisse de la part du nucléaire

Faux. A cause de Macron, on a perdu 10 ans. En effet, dès 2018, il a repoussé de 10 ans l’objectif de baisse de la part du nucléaire à 50% dans la production d’électricité. En 2017, le scénario Négawatt envisageait la fermeture du dernier réacteur en 2035. A cause du retard pris par Macron dans le développement des énergies renouvelables, ils tablent désormais sur une fermeture du dernier réacteur en 2045.

Les études prouvent qu’on ne peut pas se passer de nucléaire

Faux. Les rapports de RTE et de Negawatt démontrent que le 100% renouvelables c’est possible. Sur 6 scénarios RTE, un scénario est 100% sans nucléaire. Pour y arriver, il faut accélérer fortement le déploiement des énergies renouvelables. Cela se planifie. Négawatt prévoit de multiplier la production de renouvelables par 3 d’ici 2050 et mise sur la sobriété et l’efficacité énergétiques.

La sobriété, c’est le retour à la bougie

Faux. Au contraire, c’est améliorer les conditions de vie. Concrètement, c’est la rénovation thermique de 700 000 logements par an, la suppression des panneaux publicitaires numériques, la consommation d’une alimentation moins transformée ou encore l’allongement de la durée de vie des équipements. Sans planification, ce sont les plus pauvres qui continueront de subir. 12 millions de français sont concernés par la précarité énergétique.

Manon Dervin

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