Fin de la loi du maximum général

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En décembre 1794, la convention thermidorienne met fin au « maximum général ». Son abrogation clôt un moment d’économie régulée et contrôlée. Pour comprendre son abrogation, il faut revenir sur son chemin, qui s’inscrit dans une histoire longue de luttes pour les subsistances en France.

Les luttes de subsistances rythment la vie des Français au 18 siècle. Sur un ensemble de 8 527 émeutes étudiées de 1661 à 1789, l’historien Jean Nicolas compte 1 497 émeutes de subsistances. Lors de ces soulèvements, les révoltés se mettent en mouvement face à des prix jugés exorbitants. Ils imposent une « taxe populaire » aux boutiquiers, forcés de vendre le pain à un prix jugé « raisonnable ». Dans un circuit de vente compliqué, les spéculations des compagnies de blés, des meuniers ou des riches laboureurs n’étaient pas rares. Il suffisait alors de garder du blé de côté et de le vendre lorsque le prix augmentait.

La question des subsistances, puissant facteur de mobilisation politique, se retrouve donc au premier plan pendant la Révolution. A plus forte raison dans une France en guerre où l’armée mène des réquisitions. Les émeutes se multiplient. Des récoltes sont prises directement chez les laboureurs, les convois de blés sont arrêtés.

Face à cette pression populaire, la première loi du maximum est adoptée le 4 mai 1793. Les stocks sont recensés, le prix du grain est contrôlé. Cependant, la spéculation ne s’arrête pas : les prix étant fixés par les départements, certains jouent de ces différences pour faire du transport spéculatif. Le 29 septembre la loi du « maximum général » est votée. Le prix du grain est fixé nationalement au prix de 1790, plus un tiers. Les salaires sont également limités à 150 % de celui de 1790. D’autres produits sont touchés comme le tabac, le sel, le bois ou le savon. La distribution des produits est contrôlée par les administrations locales. Pour mettre en place cette loi, des visites et recensement sont mis en place par des comités de surveillance ou par des sociétés populaires.

Le système fonctionne plusieurs mois, mais est confronté à des problèmes : prix des transports, marché noir, méfiance vis-à-vis des réquisitions forcées. Les salaires n’augmentent plus et la mesure devient impopulaire. A partir de la convention thermidorienne, elle n’est plus vraiment appliquée. Cependant, la fin du maximum général et de mauvaises récoltes aboutissent à une disette et une grande inflation en 1794-1795. Menant à la dernière révolte populaire de la Révolution française le 1er avril 1795.

Paul Brice

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