La jeunesse qui construit la rupture

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Moquées parfois, minorées souvent, les mobilisations de la jeunesse pour le climat n’étaient pas une mode. Depuis 2018, elles se multiplient et elles s’organisent sous différentes formes : grèves lycéennes, marches pour le climat d’abord. Prises de parole de jeunes diplômés de grandes écoles qui refusent d’entrer dans le moule de l’économie productiviste qui détruit la planète, comme à AgroParisTech en mai dernier en France. Un mouvement qui se construit aussi à l’échelle internationale, avec des mobilisations simultanées dans différents pays.

A l’heure de la COP 27, vaste mascarade de belles paroles en parallèle des actes irresponsables des dirigeants, il est bon de se rappeler que la prise de conscience collective est de plus en plus partagée et d’abord par la jeunesse.

Les médisants diront qu’il s’agit de la jeunesse favorisée. Ça n’est pas si certain. Et surtout, si ce sont les jeunes qui ont plutôt un intérêt matériel à poursuivre la marche du monde telle qu’elle est, c’est d’autant plus intéressant.

Dans le même temps, d’autres signaux de rupture se dessinent : ce que les journalistes appellent « la grande démission ». Suite à la crise du COVID, cette recherche affirmée de sens dans le travail qui conduit de nombreuses personnes – jeunes ou moins jeunes – à quitter leur emploi pour trouver une activité plus en phase avec les enjeux écologiques et de solidarité. Car c’est aussi un aspect marquant des mobilisations de la jeunesse pour le climat : les différents mouvements qui les portent inscrivent la justice sociale comme une condition nécessaire et un objectif lié. A revers donc des libéraux qui tentent de faire de la cause écologique un sujet non partisan.

Les dernières élections majeures en France, en Italie, au Brésil et aux Etats-Unis récemment ont vu les jeunes renouer avec le politique, en se tournant vers les programmes de rupture sociale et écologique. En Italie, la coalition du parti Sinistra Italiana et du parti Europa Verde – Verdi a recueilli en septembre deux fois plus de suffrages chez les 18-34 ans que dans le reste de la population. Au Brésil, le nombre d’électeurs de 16-17 inscrits a augmenté de plus de 50 % entre 2018 et 2022, de façon très majoritaire pour Lula. Les résultats des élections de mid-term aux Etats-Unis ont vu les jeunes de 18 à 29 ans donner une avance de 28 points aux Démocrates et voter pour des figures radicales du parti, de l’entourage de Bernie Sanders notamment.

En France, des figures des mouvements des jeunes pour le climat ont rejoint le parlement de l’Union Populaire. La mobilisation des députés LFI dans les luttes confirme la complémentarité entre le terrain et la politique à l’Assemblée. Nombre de jeunes se sont également saisis des groupes d’action du mouvement, dont la souplesse et l’organisation tournée vers le faire répond à leurs aspirations. La nouvelle étape de structuration et de formation qui s’ouvre va permettre de renforcer cette dynamique, de la nourrir et de l’inscrire dans le temps, pour continuer à construire la rupture.

Claire Mazin

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