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Date 07/26/2008
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Quelle place pour les Seniors dans l'entreprise ?

Document sans titre L’Institut Manpower pour l’Emploi a interrogé 400 chefs d’entreprise et 1000 salariés pour savoir comment les salariés de plus de 50 ans, les « seniors », étaient aujourd'hui perçus dans les entreprises et comment eux-mêmes percevaient leur place et leur avenir.

Le 5e Observatoire des Acteurs du Travail de l'IME montre que si le savoir-faire et l'expérience des seniors sont appréciés par tous, salariés (95%) comme chefs d’entreprise (97%) et qu’à leurs yeux, ils rapportent plus qu’ils ne coûtent (moy. 69,5%), leur maintien en activité demeure aujourd’hui aussi problématique qu'hier. Pour commenter ces résultats, l’IME a interrogé 5 experts : Gérard Larcher, ancien ministre délégué à l’emploi ; Martine Durand de l’OCDE...

... ; Serge Volkoff, du Centre d’Etudes de l’Emploi ; Jean-Paul Betbèze, membre du Conseil d'Analyse Economique et Jean-Claude Guéry de l’Association Française des Banques.


Les seniors sont perçus positivement par les salariés et les chefs d'entreprise, mais leur maintien en activité n'est pas sans susciter réticences et interrogations

Globalement, les seniors sont bien perçus dans le monde du travail...

L'image des "seniors" dans l'entreprise est, de manière générale, très positive. Ce terme, si souvent employé à propos des salariés en fin de carrière, correspond aux dires des salariés et des chefs d'entreprise aux personnes âgées d'au moins 50 ans. Ainsi, en moyenne, les salariés estiment qu'aujourd'hui on est un "senior" à partir de 51,4 ans et les chefs d'entreprise à partir de 50,7 ans. L'âge symbolique de 50 ans est donc une référence même si dans le détail, salariés comme chefs d'entreprise sont assez partagés, certains estimant que l'on est senior avant même cet âge-là (essentiellement chez les plus jeunes), d'autres estimant à l'inverse qu'on ne le devient qu'à partir de 55, voire 60 ans. Mais globalement, la majorité des salariés (73%) et des chefs d'entreprise (67%) citent un âge supérieur ou égal à 50 ans.

Quel que soit l'âge à partir duquel on qualifie un salarié de "senior", la perception qu'en ont les autres salariés et la direction semble très positive. Ainsi, les personnes qui travaillent auprès de seniors indiquent massivement qu'ils sont bien considérés par les autres salariés (85%) et par la direction (81%). Même si ce jugement est assez modéré (les répondants déclarant davantage qu'ils sont "assez bien" plutôt que "très bien" considérés), l'ampleur des réponses positives sur cette question montre qu'au dire des salariés, les seniors ne font pas l'objet d'une déconsidération de la part de leurs collègues ou de leurs supérieurs hiérarchiques. D'ailleurs, les salariés de 50 ans et plus eux-mêmes déclarent qu'ils sont bien considérés par les différents publics du monde du travail.

Cette bonne opinion générale à l'égard des seniors est renforcée par l'approbation quasi unanime des salariés et des chefs d'entreprise de l'assertion selon laquelle les seniors "disposent d'une expérience et d'un savoir faire dont les autres salariés ont besoin" (95% des salariés et 97% des chefs d'entreprise). Salariés comme entrepreneurs estiment également majoritairement que les seniors "résistent mieux à la pression et au stress que les plus jeunes" (respectivement 61% et 75%) même si c'est dans des proportions plus modérées: il est probable que sur ce sujet, les répondant aient plus de mal à généraliser les cas de figure qui dépendent de qualités personnelles qui ne sont pas toujours liées au nombre d'années d'exercice, contrairement à l'expérience qui elle ne peut que progresser avec les années.

En définitive, le bilan qui est dressé à propos des seniors est très positif: les salariés comme les chefs d'entreprise qui sont amenés à travailler à leur contact considèrent massivement que ces derniers rapportent plus qu'ils ne coûtent. Si les réponses des salariés ne sont guère surprenantes (70% considèrent qu'ils rapportent plus qu'ils ne coûtent, contre 19% qui pensent l'inverse), celles des chefs d'entreprise peuvent paraître plus étonnantes, dans la mesure où on pourrait s'attendre à ce qu'ils insistent davantage sur le coût que représente le salaire souvent élevé de ces travailleurs. Et pourtant, 69% des chefs d'entreprise considèrent que les seniors rapportent plus qu'ils ne coûtent, contre 22% qui pensent l'inverse.

... mais leur situation semble s'être détériorée

Si le bilan d'ensemble est très positif, salariés comme chefs d'entreprise pointent pourtant une certaine détérioration de leurs conditions de travail. Ainsi, les salariés estiment majoritairement que par rapport à ces dix dernières années, il est aujourd'hui plus difficile pour les seniors d'être respectés au sein de leur univers professionnel (52%), de valoriser leur expérience et de la transmettre (54%), d'encadrer et de diriger une équipe (55%) et d'être écoutés par les plus jeunes (62%). Au-delà de ces difficultés concernant les relations entre les seniors et leur entourage professionnel, les salariés estiment également qu'il est plus problématique pour les seniors aujourd'hui de se projeter dans un avenir professionnel, comme si de par leur âge, leur carrière était considérée comme terminée alors même qu'ils ont parfois encore 10 ou 15 ans d'activité devant eux. Ainsi, la majorité des salariés indiquent qu'aujourd'hui il est plus difficile pour les seniors d'avoir des opportunités de formation (60%), de pouvoir évoluer sur de nouveaux postes (79%) et, in fine, de rester motivés (81%). La population salariée semble donc considérer qu'au delà d'une perception globalement positive des seniors dans l'entreprise, il n'est pas facile pour ces derniers de trouver leur place et d'avoir des perspectives d'avenir. Le regard des chefs d'entreprise est similaire, mais il est plus nuancé. Ainsi, si les entrepreneurs ne voient majoritairement pas de difficultés grandissantes pour les seniors d'aujourd'hui à encadrer et diriger une équipe (41%), avoir des opportunités de formation (42%), et être respectés au sein de leur univers professionnel (43%), ils sont nettement plus partagés pour ce qui est de la valorisation et la transmission de l’expérience (49% contre 49% qui pensent que c’est plus facile). Ils indiquent en revanche majoritairement que les seniors ont aujourd'hui plus de mal à rester motivés (58%), à être écoutés par les plus jeunes (63%) et à pouvoir évoluer sur de nouveaux postes (64%).

Ce sentiment d'une détérioration de la situation des seniors fait écho aux sentiments exprimés par les seniors eux-mêmes. Invités à se prononcer sur leurs capacités professionnelles, ces derniers avouent en effet se sentir moins à même de faire face à leur travail avec l'âge, témoignant par là-même de la difficulté des seniors à assumer leur travail avec le même entrain qu'en début ou milieu de carrière. Si leurs performances professionnelles en tant que telles leur semblent s'être améliorées au cours des dernières années, la majorité des seniors indiquent que leur motivation au travail s'est détériorée (51%), tout comme leur état de santé (61%) et leur capacité à résister à la fatigue et au stress (70%, dont 20% qui déclarent même qu'elle s'est "beaucoup" détériorée"). Il n'est donc pas étonnant de voir que leur moral est davantage en berne. Ainsi, les seniors se disent nettement moins motivés que la moyenne (27% de citations contre 36%) et beaucoup plus résignés (24% contre 17%), ce sentiment étant le cinquième qu'ils citent alors qu'il n'arrive qu'en huitième position dans la hiérarchie d'ensemble.

Le maintien en activité des seniors : un enjeu majeur et complexe

Dans ces conditions, le maintien en activité des seniors n'est pas chose aisée, d'autant que les salariés de 50 ans et plus eux-mêmes n'expriment guère de motivation majeure à continuer à travailler. Ainsi, moins d'un senior sur deux (48%) souhaite continuer à travailler jusqu'à l'âge permettant de toucher sa retraite à taux plein, tandis que la majorité souhaiterait s'arrêter avant, que ce soit via un dispositif de pré-retraite (27%), de son plein gré (18%) ou même suite à un licenciement (6%). Même s'ils sont conscients qu'ils devront probablement travailler jusqu'à l'âge nécessaire pour toucher leur retraite à taux plein (61%), une minorité non négligeable d'entre eux pense ne pas travailler jusque là, soit parce qu'elle aura été mise en pré-retraite (15%) ou licenciée (6%), soit parce qu'elle aura décidé d'elle-même de s’arrêter avant (16%). Il n'est donc pas étonnant de voir que loin d'appréhender l'ennui ou la diminution des relations sociales induite par la cessation d'activité (8%), les salariés attendent surtout la retraite avec impatience pour avoir le temps de faire ce qui leur plaît (44%). Quant à ceux qui expriment leurs craintes, c'est essentiellement en raison de moyens insuffisants pour en profiter, puisque 28% indiquent qu'ils ressentent avant tout de l'inquiétude face à la retraite car ils ont peur de manquer de moyens pour subvenir à leurs besoins ou à ceux de leur foyer. Enfin 19% des seniors se disent indifférents car ils ont le temps d’y penser.

Force est de constater que les seniors se montrent donc assez peu désireux de poursuivre leur activité et qu'ils le font davantage par nécessité que par envie. L’entreprise est-elle aujourd’hui capable de proposer aux seniors des postes et des évolutions de carrière tenant compte de leur très forte expérience mais aussi de leur vieillissement ? Le fait est que leur maintien en activité s'avère un enjeu complexe et délicat pour les chefs d'entreprise. Ainsi, les trois quarts considèrent que la gestion des salariés de 50 ans et plus va devenir un enjeu primordial pour les entreprises (73%) et près des deux tiers reconnaissent que c'est quelque chose de complexe (62%). D'ailleurs, si les dirigeants estiment majoritairement qu'il est facile de les maintenir en activité (56%), une forte proportion d’entre eux déclare à l'inverse que c'est difficile (39%). Quoi qu'il en soit, les entrepreneurs ont le sentiment d’être insuffisamment préparés sur ce sujet (63%). D'ailleurs, en dehors de l'organisation de la transmission des savoir-faire des salariés âgés de 50 ans et plus, les chefs d'entreprise qui ont des salariés de cet âge-là n'ont guère pris de mesures spécifiques sur ce sujet: la majorité d'entre eux (55%) avoue ainsi de pas avoir pris en compte la pénibilité physique dans l'évolution des carrières des salariés âgés de 50 ans et plus - sujet s'il en est puisque les seniors eux-mêmes jugent qu'ils sont en moindre forme physique pour travailler - et 76% des chefs d'entreprise qui travaillent avec des seniors n'ont pas non plus cherché à proposer des emplois spécifiques aux salariés de 50 ans et plus rencontrant des problèmes de santé. Peut-être n'ont-ils pas été directement confrontés à ces situations, mais toujours est-il que les dirigeants semblent relativement démunis face à cet enjeu, ce qui explique pourquoi la très grande majorité d'entre eux (79%) indique que les entreprises auront besoin d'être accompagnées sur le sujet.

Sur ce sujet justement, la commission Attali a émis un certain nombre de propositions destinées à augmenter le taux d'activité des seniors. Mais force est de constater que l'accueil des salariés comme des chefs d'entreprise est globalement plutôt réservé. Certes, l'exonération de cotisations chômage et patronales pour les salariés de 50 ans et plus est très massivement plébiscitée par les chefs d'entreprise (82%), qui jugent la mesure efficace voire même très efficace (43%) pour maintenir en activité les seniors. Les salariés sont du même avis même si c'est logiquement dans des proportions plus modérées (69%). Les mesures destinées à favoriser le cumul salaire-retraite sont également jugées efficaces par 62% des salariés et 76% des chefs d'entreprise, tout comme la mise en place d'un supplément retraite pour les années travaillées après 65 ans (respectivement 63% et 76%). Notons toutefois que ces deux mesures, qui visent à accroître l'activité des salariés à un âge assez avancé, sont accueillies froidement par les salariés de 50 ans et plus (seuls 48% jugent efficaces la mise en place d'un supplément retraite et 54% la possibilité de cumuler un salaire en plus de sa retraite). Enfin, si le développement de la formation continue des salariés en fin de carrière est encore jugée majoritairement efficace par les salariés (59%) et les chefs d'entreprise (56%), l'interdiction des pré-retraites sauf en cas de restructuration économique suscite des réactions plus contrastées, surtout chez les salariés (50% la jugent efficace contre 46% qui sont de l'avis inverse). Les dirigeants placent cette mesure en queue de hiérarchie mais considèrent néanmoins majoritairement qu'elle sera efficace (55% contre 38%). Les pré-retraites sont donc loin d'être un repoussoir pour les salariés.

Par conséquent, le maintien en activité des seniors ne sera probablement pas quelque chose d'aisé à mettre en œuvre. Il y a donc là un enjeu primordial pour la société, les chefs d'entreprise et bien-sûr les salariés, dans un contexte où l'espérance de vie progresse, où le système de retraite est en péril, et où les salariés européens s'inscrivent dans une réalité bien différente, avec un taux d'activité des seniors bien plus élevé.

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Par K.S. Date 08-04-2008

 

 

 

 


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